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Série “Les disparues de la gare” : “Ça a marqué toute ma jeunesse à Perpignan”, le producteur de “HPI” explique pourquoi il a voulu apporter un autre regard sur l’affaire

Pierre Laugier, originaire de Perpignan, et son associé Anthony Lancret, sont à la tête d’Itinéraire Productions qui porte cette série. Un nouveau projet pour leur jeune société créée en 2017 qui affiche déjà à son palmarès le succès phénoménal de la série de TF1 “HPI” avec Audrey Fleurot (première série française la plus regardée à la télévision depuis plus de quinze ans) dont la quatrième saison sera diffusée à partir du 16 mai. Mais également “La Mante” sur Netflix, “Oussekine” sur Disney + ou encore “Mercato” sur TF1. Dans l’attente du lancement imminent du tournage d’une autre série pour Netflix avec Isabelle Adjani dans le rôle principal, Pierre Laugier a accepté de nous révéler les grandes lignes de (ses) “Disparues de la gare”.

Pourquoi avoir choisi l’histoire des Disparues de la gare pour cette série ?

Pierre Laugier : Je suis natif de Perpignan, j’ai connu cette affaire dans mon adolescence. Quand elle a pris de l’ampleur et que tout le monde a commencé à en parler dans la ville, je venais à toutes les vacances chez ma grand-mère qui habitait à Perpignan, j’avais mes cousines, ma sœur qui avait 18 ans. Il y avait une vraie psychose et on imaginait les drames de toutes ces familles. Ça m’a vraiment marqué dans toute ma jeunesse et après ça a continué de me hanter avec l’arrestation de Jacques Rançon. J’ai suivi tous les rebondissements, j’ai lu, vu tout ce qui se faisait sur le sujet. J’ai toujours eu l’intuition que cette histoire devait être racontée dans une fiction car, au-delà des documentaires et des émissions de type true-crime, il y avait quelque chose de très singulier dans ce fait divers, notamment le combat des familles, particulièrement de Marie-Josée, la mère de Tatiana. J’ai été frappé par le courage et la dignité de cette femme. Et puis, chaque fois que je reviens à Perpignan, il y a toujours cette atmosphère particulière, avec la tramontane, le Canigou. Il y a quelque chose de très beau et très lumineux mais aussi parfois quelque chose d’inquiétant. Cette affaire est encore très vivace, tout le monde est concerné et c’est pour cela aussi qu’on la raconte, pour que toutes les personnes qui ont un lien de près ou de loin avec les Disparues de la gare puissent avoir un récit collectif à partager.

Comment est véritablement né le projet ?

Cela nous trottait depuis un moment dans la tête avec la scénariste Gaelle Bellan (Engrenages, Le Bureau des légendes NDLR) mais on voulait trouver la bonne forme. On s’est dit que pour raconter cette histoire il fallait rencontrer la mère de Tatiana, qui est aujourd’hui encore en recherche de sa fille. On a commencé à travailler sur son parcours, comment la disparition de votre enfant bouleverse totalement votre existence, comment vous conciliez les recherches, l’angoisse, les questionnements, le combat judiciaire, et ses limites aussi, avec une vie de mère, l’espoir. Et on est allé la voir en 2022, c’est le point de départ. Il y a eu aussi quelque chose d’immatériel et d’un peu magique dans cette rencontre. On est allé assister au spectacle de son fils Julien qu’il venait de créer sur Tatiana, on était dans le noir et à un moment donné, il donne la corde du décor à quelqu’un au hasard, c’est tombé sur la scénariste. En parallèle, on a appris que le Pôle cold-cases de Nanterre reprenait l’enquête sur la disparition de Tatiana. Cette affaire revêt de nouvelles formes, le côté judiciaire, la pièce magnifique de son frère et maintenant cette série. Pour les trois, c’est le même combat, de résoudre l’énigme de Tatiana.

“Le fil rouge, c’est le point de vue de Marie-Josée, la maman de Tatiana”

Pour quels regards optent les caméras ?

Le fil rouge, c’est le point de vue de Marie-Josée qui est interprétée par Mélanie Doutey, de sa famille, de ses enfants. Il y a celui des enquêteurs, car cette affaire a affecté tout ce qui y ont pris part mais en fictionnant les personnages. C’est le pas de côté que l’on a fait par rapport aux faits réels. Enfin, il y a le regard des victimes. On a changé certains noms à la demande des familles. On a à cœur de respecter l’honneur et la mémoire de toutes les personnes dont on parle et en même temps on tenait à ce que ces jeunes filles ne soient pas limitées à leur statut de victimes mais que l’on raconte aussi parfois fugitivement quelle avait été leur existence. Il y a des vidéos, des flashs, des souvenirs du son de leur voix, de la façon dont elles s’habillaient, comment elles riaient pour que l’on puisse aussi se souvenir de leur vie.

Quelle est la place du tueur ?

Ce n’est pas ce que l’on met en avant. On n’a surtout pas envie de glorifier la figure du tueur en série, de les montrer dans leurs agissements. Même s’il faut saluer la performance de Ludovic Berthillot qui interprète le tueur. C’est extrêmement difficile mais c’est un bon acteur, qui travaille beaucoup dans les prisons et que l’on connaissait parce qu’on avait tourné avec lui dans la série HPI.

Est-ce un parti pris de ne pas avoir baptisé votre série “Les disparues de la gare de Perpignan” ?

Non. J’adore Perpignan. Et on filme la ville dans toute sa splendeur et ses angles morts. Avec des références à la gare, le centre du monde, et Dali parce qu’il y avait un profiler qui était venu à l’époque avec ses théories fumeuses, reprises à l’époque dans Vanity Fair. Nous, on a très envie de mettre en avant le fait que ça se passe dans le sud de la France, en Catalogne, dans les Pyrénées-Orientales. Le territoire, il est hyper important dans une série comme celle-là. De surcroît, la réalisatrice, Virginie Sauveur a un regard très sensible sur toute cette histoire et un sens de la lumière et du cadre qui donnent parfois à certains de ses plans des allures de tableaux. Derrière la tragédie, il y a aussi des moments de grâce et de beauté, et on a envie d’emmener cette série vers la lumière.

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