Faits divers - Monde

Si j’avais remarqué la radicalisation de Radouane Lakdim, je l’aurais dénoncé

Samir Manaa est resté hier sur sa position durant son interrogatoire. Il a expliqué s’être rendu dans l’armurerie où le terroriste Radouane Lakdim a acheté un couteau de chasse qui servira à tuer Arnaud Beltrame. Il aurait pourtant jamais constaté la radicalité de son ami. Une version qui a laissé la cour dubitative.

Au terme de neuf heures d’interrogatoire, Samir Manaa n’a pas changé de position : « Radouane Lakdim ne me parlait pas de religion. Il savait que je n’étais pas pratiquant. Si j’avais remarqué sa radicalisation, je l’aurais dénoncé. » L’accusé, jugé pour le chef d’association de malfaiteurs terroriste, n’aurait jamais discuté avec Radouane Lakdim de ce sujet avant son passage à l’acte, le 23 mars 2018. « Je trouve ça lâche et barbare. Les gens qui agissent comme ça, je ne sais pas ce qu’il se passe dans leur tête. »

Dans le quartier, pourtant, tout le monde aurait eu connaissance de sa radicalisation. La cour insiste sur ce sujet ce lundi 5 février, en ce onzième jour de procès, elle y revient encore et encore. « De nombreux témoins et ses anciennes petites amies l’ont répété. Pourquoi vous ne le saviez pas ? » Samir Manaa rétorque simplement : « J’ai remarqué des détails. Comme quand il disait » regardez ce qu’ils font à nos frères en Syrie « .Mais il ne m’a jamais parlé du fait qu’il voulait aller en Syrie. » Il précise manquer de connaissance sur l’Etat islamique ou le jihad. « J’avais 22 ans, je ne m’intéressais pas à ces sujets. Je l’entendais parler de géopolitique mais je ne savais pas de quoi il s’agissait précisément. »

L’achat du couteau mortifère

S’il est mêlé à cette affaire, c’est notamment pour l’achat d’un couteau de chasse avec Radouane Lakdim. « C’est avec cette arme qu’il égorge Arnaud Beltrame », précise la cour. Le jour de l’achat, le 6 mars 2018, Samir Manaa transporte le délinquant radicalisé en direction de la zone commerciale de Salvaza à Carcassonne. « Il m’avait demandé de l’amener là-bas, je ne savais pas pourquoi », précise-t-il. Amis depuis 2017, ils rejoignent finalement un magasin de chasse et pêche.

Entre le quartier Ozanam et l’armurerie, il faut une dizaine de minutes en voiture. Sur ce court trajet, Samir Manaa affirme ne pas avoir parlé d’un projet d’attentat avec le délinquant radicalisé, ni de cet achat : « Il me parlait de vélo, de sport. On va chez Chasse et Pêche, on fait un petit tour. On croise des gens qu’on connaît. Et ensuite il est passé devant la caisse et il montre un couteau qu’il achète. »

Les pleurs de Samir Manaa

Le 23 mars 2018, le jour des attentats, il se rend dans le quartier d’Ozanam et constate l’agitation notamment auprès de la famille Lakdim. « Sa sœur était inquiète, elle se demandait où il était passé. » Mais l’identité de l’auteur des faits n’est pas encore connue. Samir Manaa s’isole et se met à pleurer dans un 4X4 orange. « Pourquoi avoir pleuré alors que vous ne connaissiez pas l’implication de Radouane Lakdim à ce moment-là ? » L’accusé ajoute : « Quand je suis arrivé, j’étais dans l’incompréhension, c’est pour ça que je pleurais. J’étais en état de choc. »

Radouane Lakdim est abattu par le GIGN et son identité révélée. Durant les jours suivants les attentats, Samir Manaa écrit une publication, avec un fond noir, sur les réseaux sociaux : « On ne t’oubliera pas » en lien avec le terroriste. Laurent Raviot l’interroge sur ce sujet : « Cela ressemble quand même à l’hommage d’un ami envers un autre. » Pas pour l’accusé : « Oui c’est un peu ça aussi, c’était un ami, j’avais du mal à accepter qu’il ait fait ça, donc c’était aussi pour condamner. Mais ce n’était pas pour le glorifier ou quoi que ce soit. »

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