Faits divers - Monde

Procès des attentats de Trèbes et Carcassonne : pour l’avocate d’un des sept accusés ,”ces procès en cour spéciale sont là pour le travail de mémoire”

Ce lundi 22 janvier 2024 s’ouvrira, pour 5 semaines, le procès de 7 personnes, accusées d’avoir un lien, de près ou de loin, avec Radouane Lakdim, le terroriste qui a tué quatre personnes lors des attentats de Trèbes et Carcassonne le 23 mars 2018.

Cinq semaines pour juger sept personnes : ce lundi 22 janvier s’ouvrira le procès des attentats de Trèbes et Carcassonne, lors desquels quatre personnes ont trouvé la mort des mains de Radouane Lakdim. Deux personnes seront jugées pour “détention illégale d’armes de catégorie B et C” et “non dénonciation de crime terroriste” par la cour spéciale de Paris, alors que cinq autres sont accusées d’association de malfaiteurs terroriste, une peine passible de 30 années de prison. Ahmed Arfaoui, le beau-frère du terroriste, est l’un d’eux. Il sera défendu par Maitres Alexandre Martin et Emmanuelle Franck. Cette dernière a accepté de répondre à L’Indépendant.

Me, vous avez défendu Fettah Malki lors du procès Mohamed Merah. À l’époque, ce genre de procès était inédit. Aujourd’hui, est-ce qu’on s’habitue ?

Non, on ne s’habitue pas, car il s’agit d’événements jugés qui restent exceptionnels. Mais à l’époque du procès Merah, on découvrait le terrorisme dans sa forme actuelle, les départs en Syrie, on découvrait que des gamins des quartiers pouvaient se faire endoctriner, les mécanismes de radicalisation, la taqiya, cette dissimulation utilisée par les terroristes. “On” c’est la justice, la DGSI, la société. Aujourd’hui il n’y a plus cet aspect de découverte, pour autant, ce sont toujours des procès exceptionnels, parce que des tueries exceptionnelles.

On a le sentiment que la justice doit faire en aval ce que l’Etat n’a pas réussi en amont

Comment votre client, Ahmed Arfaoui, s’est-il retrouvé dans ce dossier ?

Ahmed Arfaoui était le beau-frère de Radouane Lakdim puisqu’il est marié avec sa sœur. Il n’est pas interpellé immédiatement, mais plusieurs mois après les attentats. Le 23 mars 2018, sa femme l’avait appelé pour lui demander d’aller chercher la mère de Radouane Lakdim, c’était une demande des forces de l’ordre, pour qu’elle parle à son fils. Donc mon client a pris sa voiture, et s’est rendu en bas de l’immeuble où la famille Lakdim habitait pour faire ce qu’on lui demandait. La difficulté qui s’est posée, c’est qu’une personne sur les dizaines qui se trouvaient en bas de l’immeuble ce jour-là, une seule, et qui se trouve être un co-accusé, a expliqué qu’il avait vu Ahmed Arfaoui monter dans l’appartement, en redescendre avec un sac noir qui avait l’air lourd, avant de remonter chercher sa belle-mère. Il y a un seul témoignage qui va dans ce sens. 

A lire aussi :
Procès des attentats de Trèbes et Carcassonne : ce que l’on sait des sept accusés jugés par la cour spéciale de Paris

Ensuite, les enquêteurs sont partis du principe qu’il devait y avoir des armes dans le sac, que de toute manière c’est le beau-frère donc il devait forcément être au courant, et que le lendemain il avait publié une photo indiquant que seul Allah pourrait juger Lakdim. Ces éléments ont suffi à l’accusation de mon client d’association de malfaiteurs terroriste.

Des éléments insuffisants selon vous ?

Oui. Le sac n’a jamais été recherché, donc on n’a jamais su ce qu’il y avait dedans. Le parquet, puis l’avocat général ont demandé eux-mêmes le non-lieu en ce qui concerne Ahmed Arfaoui. Mais la chambre de l’instruction en a décidé autrement. Par ailleurs, même si cette histoire de sac était vraie, il n’y a pas d’aide à la préparation. Donc on conteste ce qui lui est reproché, et quand bien même, en droit, cela ne peut pas être de l’association de malfaiteurs terroriste. Pourtant, notre client est incarcéré depuis maintenant 4,5 ans.

Quel est l’intérêt de ce genre de procès ?

Normalement, l’accusé, c’est celui qui a fait quelque chose. Mais ici, il n’est plus là pour répondre de ses actes. Là on va avoir sept personnes dans le box des accusés, mais des seconds couteaux pour la plupart. On va avoir des gens qui vont être peinés par ce que vont raconter les victimes et les parties civiles, mais qui ne vont pas se sentir responsables parce qu’ils n’y sont pour rien.

On a le sentiment que la justice doit faire en aval ce que l’État n’a pas réussi en amont. D’un côté, on a la DGSI qui ne détecte pas ces terroristes parce qu’ils sont des loups solitaires, et de l’autre, on renvoie devant la cour d’assises tous ceux qui vont se situer à proximité de ces personnes.

Ces procès en cour spéciale sont là pour le travail de mémoire. C’est la seule satisfaction, c’est pour dire “on n’a pas oublié”.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page