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Cinq avocats audois au procès des attentats de Trèbes et Carcassonne : « La robe n’est pas une carapace assez épaisse pour être imperméable à ce qu’on peut voir et entendre »

Ils sont cinq avocats carcassonnais engagés dans le procès des attentats de Trèbes et Carcassonne. 

Cinq avocats carcassonnais ont embarqué dans ce procès « historique » des attentats de Trèbes et de Carcassonne, jugé par la cour spécialement composée de Paris, commencé le 22 janvier et qui se terminera le 23 février. « C’est un procès important car il a impacté tous les Carcassonnais et l’agglomération. Tout le monde se souvient où il était à l’annonce des attentats le 23 mars 2018. Il est gravé à jamais pour les victimes décédées, leur famille, et celles qui ont survécu », rapporte Me Aude Denarnaud, conseil de parties civiles, pendant une suspension d’audience. Avec elle, de ce côté de la barre, Me Franck Alberti, Me Sylvain Reche, Me Hichem Laredj. En face, pour la défense de Reda El Yaakoubi, Me Victor Font. Tous du barreau carcassonnais, au milieu d’avocats parisiens, toulousains ou montpelliérains.

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Cette présence des robes noires, pendant cinq semaines, loin des berges de l’Aude, n’est pas sans impact dans leur quotidien. « Les magistrats carcassonnais ont été très compréhensifs, en accordant des renvois multiples pour les avocats présents à Paris. Et il faut dire aussi que j’ai une formidable associée qui gère mes dossiers sur Carcassonne et les siens », note Hichem Laredj. « Il faut s’organiser en amont prendre les devants, avec d’autres dossiers, les autres clients, compter sur des collaborations efficaces, comme avec ma secrétaire avec qui je travaille depuis 30 ans ou comme les avocats avec qui j’ai l’habitude de collaborer », poursuit Me Franck Alberti.

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La présence des avocats carcassonnais est utile

Toutefois pour ces avocats, pas question de ne pas être présent pendant toute la durée du procès.  « À titre personnel, j’ai le sentiment qu’au-delà des victimes principales, ce sont tous les Carcassonnais et Trébéens qui sont eux-mêmes victimes de ce que Radouane Lakdim a commis. Comme l’impression que Radouane Lakdim a tiré sur chacun d’entre nous », ressent Me Sylvain Reche, marqué par l’écoute de la bande sonore de l’agonie d’Arnaud Beltrame avant l’intervention du GIGN et la vision de la vidéosurveillance de l’attaque de Radouane Lakdim au sein du Super U. « La robe n’est pas une carapace assez épaisse pour être totalement imperméable à ce qu’on peut voir et entendre. Mais ce qui est important pour nous, avocats des parties civiles : c’est de porter cette parole des victimes et d’arriver à obtenir les réponses. On en a eu certaines. »

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C’est aussi un procès stimulant pour les avocats carcassonnais, loin des comparutions immédiates expédiées en quelques heures. « On apprend beaucoup. Sur les institutions, la délinquance carcassonnaise aussi. Cette cour d’assises spéciale est composée de magistrats professionnels. Sans jury populaire donc. Ainsi on est moins sur l’intime conviction mais sur des éléments matériels, des éléments techniques, on analyse pièce par pièce. On apprend de cette technicité avec un président de grande qualité, qui respecte toutes les parties », décrit Me Hichem Laredj. Pour Me Franck Alberti, l’apport des avocats locaux joue un rôle primordial dans ce procès : « J’ai l’impression que je connais tous les éléments dont on parle, je connais tous les quartiers. La présence des avocats carcassonnais est utile en ce sens-là. On ne peut pas reprocher à nos confrères toulousains ou parisiens d’avoir quelques hésitations, sur les temps de trajet entre La Prade et Franklin Roosevelt. »

Me Victor Font, avocat de Reda El Yaakoubi.
Ch. P. – Ch. P.

Même analyse de la part de Me Victor Font. « On a un atout en étant de Carcassonne car c’est une petite ville. Les procédures judiciaires se croisent et tous les acteurs, témoins, on les connaît. On les a vus dans d’autres dossiers. En réalité, l’atout pour moi, c’est une connaissance de la criminalité et délinquance locales, voir qui fait quoi et être en mesure d’en parler sur certains aspects qui n’ont pas été relevés par les policiers de la sous direction antiterroriste. Ils se sont rapprochés des enquêteurs locaux et ils ont travaillé à partir des sources policières. Ils auraient dû, selon moi, travailler avec des sources judiciaires pour avoir une meilleure connaissance de la cité Ozanam. »

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