Vingt ans après la fusillade du Collège Dawson, la mémoire vive d’une mère

Le 13 septembre reste une date gravée dans le cœur de Louise De Sousa. Vingt ans après la tragédie qui a coûté la vie à sa fille Anastasia, la mère de famille continue de se demander quelle femme elle serait devenue. « Serait-elle mariée ? Aurait-elle des enfants ? », s’interroge-t-elle encore.
Vendredi, dans le Jardin de la Paix du Collège Dawson, à Montréal, une foule s’est réunie pour commémorer l’attaque du 13 septembre 2006. Une étudiante, Anastasia De Sousa, y avait perdu la vie, tandis que 16 autres personnes avaient été blessées, selon le rapport du coroner publié en 2008. Le tireur, quant à lui, s’était donné la mort après avoir été touché lors d’un échange de coups de feu avec la police.
Un jardin devenu symbole de résilience
C’est au lendemain de l’attaque que cet espace a été baptisé « Jardin de la Paix », raconte Toby Harper-Merrett, directeur du Collège Dawson. Depuis, étudiants, professeurs et membres de la communauté montréalaise déposent régulièrement des bouquets devant les grilles de l’établissement. Un poteau blanc portant l’inscription « Que la paix règne sur Terre » a été érigé en mémoire des victimes.
À l’issue de la cérémonie, Louise De Sousa a participé à un geste hautement symbolique : la plantation de trois bruyères roses en l’honneur de sa fille. Des étudiants, des enseignants et des responsables politiques ont également semé des poignées de graines de fleurs sauvages dans le jardin.
« Le rose était sa couleur préférée. Ses amis de l’école secondaire la surnommaient Malibu Barbie, a confié la mère d’Anastasia aux journalistes. Même sa chambre était rose bonbon. »
Sa robe en dentelle rose, portée pour l’occasion, en était un touchant hommage.
Un dimanche réservé à la mémoire intime
Si la commémoration publique revêt une grande importance pour la mère d’Anastasia, elle précise que ce dimanche sera différent. « Ce jour-là m’appartient », a-t-elle souligné.
Chaque année, Louise et Nelson De Sousa se rendent sur la tombe de leur fille à l’heure exacte de sa mort. Suit ensuite un repas familial ponctué d’anecdotes et de souvenirs. Les petits-enfants, qui n’ont jamais connu leur tante, apprennent ainsi à la découvrir à travers les histoires racontées.
« C’était une adolescente comme les autres, se remémore-t-elle. Elle avait un beau sourire, elle était drôle et affectueuse, mais c’était aussi une petite chipie. Nous nous souvenons de tout ce qu’elle a fait. C’est ainsi que nous allons de l’avant. »
Un appel pressant aux autorités fédérales
La douleur n’a pas émoussé la détermination de Louise De Sousa. Elle compte parmi les signataires d’une lettre adressée au premier ministre Mark Carney en début de semaine, réclamant la mise en œuvre de l’interdiction des armes d’assaut et un renforcement de la réglementation concernant les chargeurs de grande capacité et les armes de poing.
Lors de la cérémonie, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, et le chef de la police, Fady Dagher, ont établi un parallèle entre la tragédie de Dawson et une fusillade survenue en juin dernier, qui avait coûté la vie à un policier, à un passant et au tireur. « Ce type d’armes qui circule, les armes d’assaut, nous ne pouvons pas nous le permettre au Canada, pas dans cette collectivité où nous vivons », a affirmé M. Dagher.
La mémoire comme rempart
Ian Lafrenière, aujourd’hui ministre de la Sécurité intérieure du Québec, était porte-parole de la police de Montréal en 2006. Il se souvient que son partenaire, son frère et son meilleur ami – tous policiers – avaient été dépêchés sur les lieux de la fusillade. Vingt ans plus tard, il a confié son émotion en voyant parmi l’assistance de jeunes étudiants qui n’étaient peut-être même pas nés à l’époque.
« Voir les nouvelles générations ici et continuer à entretenir ce souvenir me rassure, a-t-il déclaré. Nous n’oublierons jamais ce qui s’est passé, car c’est la seule façon d’empêcher que cela ne se reproduise à l’avenir. »
Parmi les orateurs figure Hayder Kadhim, qui se demande encore pourquoi il a survécu lorsque son amie Anastasia est décédée. Âgé de 17 ans au moment de l’attaque, il avait été touché à la tête, au cou et au mollet. Aujourd’hui, il est convaincu que la vigilance collective est essentielle.
« Peut-être que ces petits gestes suffiraient à empêcher une tragédie de se produire et à éviter qu’une personne seule et déprimée ne se réveille avec des pensées folles, simplement parce que l’un d’entre nous a fait un petit geste d’attention. »
Une leçon de vie qui résonne, vingt ans après la tragédie.



