Des rapaces ont semé la panique parmi des résidents.

Des éperviers de Cooper sèment la panique dans un quartier de Montréal : ce qu’il faut savoir

Pendant plusieurs jours d’août, les résidants de Saint-Léonard, dans le nord-est de Montréal, ont vécu une drôle d’expérience. Des cris stridents, des oiseaux qui se précipitent dans les arbres, des regards perçants braqués sur les humains… Deux éperviers de Cooper ont semé l’inquiétude dans ce secteur paisible, au point de faire sentir à certains citoyens qu’ils étaient prisonniers chez eux.

« Cette journée-là, les deux éperviers criaient dès que ma mère sortait dans la cour, raconte Alyssa Egiziano, une résidante du quartier. Je me suis sentie prisonnière dans ma maison. Je ne savais pas s’ils nous voyaient comme des proies. »

La jeune femme décrit des moments particulièrement éprouvants, notamment ce jeudi où les deux rapaces semblaient particulièrement agités. « Déjà, les jours précédents, j’attendais une heure après la fin des cris avant d’aller dans la piscine. Mais ce jeudi-là, c’était épouvantable. Ils étaient deux et je les voyais se précipiter vers quelque chose dans les arbres », poursuit-elle.

Un comportement qui s’explique

Bonne nouvelle pour les résidants inquiets : les humains ne figurent pas au menu de ces oiseaux de proie. Selon le Dr Guy Fitzgérald, enseignant à la Clinique des oiseaux de proie de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, ce comportement relève davantage de la défense que de la chasse.

« L’humain n’est pas une proie potentielle, mais il est intrigant pour les jeunes, qui restent en famille pendant une certaine période d’apprentissage », explique le vétérinaire, qui a fondé la clinique en 1986. Les adultes montrent aux jeunes à chasser, et leur réaction face aux humains peut varier considérablement, car ils n’ont pas appris à les craindre.

Le regard joue un rôle clé dans ces interactions. « Les regarder dans les yeux crée de l’inquiétude et, quand ils sont inquiets, ils vont monter les épaules ou essayer de se faire gros pour intimider. C’est une réaction de défense », précise le spécialiste.

Son conseil pour ceux qui croiseraient ces oiseaux : éviter le contact visuel direct. « Quand on travaille avec les oiseaux de proie, on ne les regarde pas dans les yeux. Si on regarde dans le vide en les approchant, ils sont beaucoup plus calmes. »

Des rapaces de plus en plus présents en ville

L’incident de Saint-Léonard illustre une réalité plus large : les oiseaux de proie s’adaptent à la présence humaine. Le Québec compte 27 espèces d’oiseaux de proie, toutes protégées, dont 18 à 20 peuvent être observées dans la région de Montréal, selon le Dr Fitzgérald, qui préside également l’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie.

L’épervier de Cooper, un oiseau forestier, fait partie des espèces installées relativement récemment dans la métropole. L’étalement urbain a empiété sur son territoire, et l’oiseau s’adapte à son nouvel environnement. Parmi les autres espèces visibles à Montréal, on retrouve notamment le harfang des neiges, le pygargue à tête blanche, le grand-duc d’Amérique ou encore le faucon pèlerin.

Cette cohabitation n’est pas sans défis. « Les oiseaux de proie sont à déclaration obligatoire aux agents de protection de la faune, s’ils sont en difficulté, indique le vétérinaire. On en reçoit environ 400 par année, qui viennent de partout au Québec, et on leur donne des soins adéquats avant de les remettre en liberté. »

Une initiative montréalaise qui fait des petits

L’Université de Montréal s’est distinguée avec un projet devenu une véritable référence. En 2008, Eve Bélisle, professionnelle de recherche à Polytechnique Montréal, installe un nichoir au sommet du pavillon Roger-Gaudry pour des faucons pèlerins qu’elle avait observés autour de la tour de l’université. Elle était loin d’imaginer l’ampleur que prendrait son initiative.

« Je les trouvais beaux et ils étaient encore sur la liste des espèces menacées », se souvient-elle. Après une première année infructueuse, le nichoir est finalement occupé. « Je m’y suis prise plus tôt, puis on s’est dit que ce serait le fun d’avoir une caméra pour voir ce qui se passe. D’année en année, le projet a évolué. On a maintenant quatre caméras et le projet est autofinancé grâce aux revenus générés par YouTube. »

Depuis, plus de 35 fauconneaux sont nés dans le nichoir, dont trois le printemps dernier, qui se portent bien. Le projet a largement dépassé le cadre universitaire : il rassemble des milliers d’amateurs d’oiseaux de proie sur YouTube et Facebook, et l’université vient même de lancer une infolettre dédiée.

« La plus grande contribution du projet, c’est l’éducation du public », estime Eve Bélisle, qui s’est toujours impliquée bénévolement. « Il faut protéger les oiseaux de proie et s’assurer qu’ils aient un site de nidification adéquat. Ils ont une très grande importance en ce qui concerne l’équilibre de la faune à Montréal. »

Un constat partagé par le Dr Fitzgérald, qui insiste sur la mission éducative de sa clinique : « On effectue aussi un travail d’éducation, en donnant de 350 à 400 conférences par année dans les écoles, les parcs et les bibliothèques. C’est de la médecine préventive, parce qu’il y a encore des oiseaux de proie qui sont tirés au fusil, alors qu’il n’y a pas de raison de les chasser. »

Le spécialiste rappelle d’ailleurs une maxime attribuée à l’UNESCO dans les années 1990 : « On est plus enclin à protéger ce qu’on apprend à aimer. » Tant qu’à croiser un épervier de Cooper, autant savoir comment se comporter – et surtout, où regarder.

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