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USAP – Arlettaz : « Ca me fait chier »

Revenu agacé de l’entraînement, Patrick Arlettaz s’est érigé en défenseur de ses joueurs. En cause, l’exigence toujours très forte envers une équipe qui gagne mais sans séduire dans le jeu. L’entraîneur principal de l’USAP, qui accueille demain Aurillac (19h) après avoir vaincu le leader Vannes jeudi (19-21), est entré en éruption.

La réception d’Aurillac est-elle l’occasion d’effacer le souvenir du dernier match à domicile, la défaite face à Béziers (10-16) ?

Déjà une défaite fait tache, donc deux, on n’ose pas l’imaginer. Sur les deux matches qui ont suivi Béziers, il y avait deux objectifs. À Vannes, c’était de montrer un autre visage. Après trois semaines sans s’entraîner, on ne pouvait pas décemment clamer haut et fort qu’on était en capacité de gagner là-bas – je suis très heureux qu’on l’ait fait. Contre Aurillac, on doit redevenir conquérant à Aimé-Giral. Déjà, enchaîner deux défaites d’affilée quand on veut jouer le haut de tableau, ça aurait été très difficile. Et deux défaites de file à la maison, ce n’est bien évidemment pas dans ce qu’on veut faire.

Après une longue coupure et l’enchaînement rapide de deux matches, sentez-vous un retour à la normale cette semaine ?

Ce matin (hier), l’entraînement n’était pas encore très rythmé. On a eu un entraînement collectif avant Béziers, un avant Vannes parce qu’il n’y avait que cinq jours entre les deux matches et on a fait beaucoup de défense lundi. Donc il y a encore beaucoup à travailler sur le liant collectif, sachant qu’on avait mis l’accent en début d’année sur la défense, la conservation sur les rucks, etc. Sur notre jeu en général, ce serait se tromper que de croire qu’il se suffit à lui-même. C’est d’abord par l’avancée, le combat et le fait d’être conquérant en conquête, c’est-à-dire ce qu’on assure le mieux depuis le début de la saison, qu’on pourra ensuite greffer quelque chose. Si on veut tout de suite passer sur le jeu qu’on était capables de faire, on se trompera.

« Si on faisait un super jeu mais qu’on était avant-dernier… »

Espérez-vous plus de spectacle tout de même ?

Je n’ai jamais été un fervent du spectacle en lui-même. Le but est de gagner, après il y a des façons de le faire. Je crois encore au fait de déplacer les ballons, les joueurs, avoir de la conservation… Ce n’est pas pour le spectacle, mais parce que je pense que c’est un rugby qui peut nous permettre de gagner. C’est pas plus compliqué. Ça fait un petit moment que j’entraîne cette équipe, on a vu qu’il ne se suffisait pas à lui-même (allusion aux résultats en Top 14 lors de la saison 2018-2019). Depuis le début de l’année, on a vu qu’il y avait d’autres armes à utiliser. Ça va venir (pour le jeu), il faut être patient. Toutes les coupures, ça ne nous permet pas d’accélérer notre progression. Si vous voulez me dire que le rugby qu’on doit pratiquer doit être plus complet, avec plus de déplacement, de passes… C’est vrai. Ce n’est pas une excuse, mais le jeu qu’on fait depuis le début de l’année est très pertinent au vu des conditions, on n’a pas joué un seul match avec ballon sec, si ce n’est Grenoble (26-18). L’exigence, avant tout, c’est de gagner des matches. Comment les gagner ? Je reste persuadé qu’avec le rugby qu’on fait maintenant, ça ne sera pas suffisant pour remplir les ambitions qu’on a à la fin de la saison. Peut-être que c’est ce qu’on construit maintenant qui nous a manqué par le passé. On fera un tri à la fin de la saison pour savoir si notre construction était pertinente ou pas. Si vous voulez me faire dire que je veux toujours faire un rugby total, oui c’est la vérité. Je changerai pas, je vous l’ai déjà dit quarante fois. Un jour il y aura un autre entraîneur avec d’autres idées, moi je crèverai avec celles-là. Mais ce n’est pas une fin en soi, il y a plein d’autres choses en rugby à part se faire des passes et se déplacer. Pour l’instant, on est en retard sur notre capacité à le faire, oui.

S’adapter, est-ce décidément le maître mot de cette saison ?

En l’occurrence, oui, on nous demande de nous adapter à beaucoup de choses. Avec tout ce qu’on nous demande, être à sept victoires sur neuf matches, il n’y a pas de raison de se faire la gueule tous les matins non plus. On va passer par des moments plus difficiles que ça dans la saison. On s’adapte, plus ou moins bien, mais l’essentiel c’est de gagner les matches, ça on ne l’oublie pas. Si on faisait un super jeu mais qu’on était avant-dernier, je pense que vous feriez plus la gueule que maintenant. (il hausse le ton) Il faut se poser les bonnes questions, il faut rester ambitieux, il n’y a pas de soucis, si vous voulez me faire dire que je n’ai pas changé de philosophie de jeu, je vous le redis. En rugby, on n’avance qu’en gagnant des matches et des duels sur le terrain.

« On n’est pas sympa avec les joueurs »

Après la victoire à Vannes, sentez-vous une grosse confiance chez les joueurs ?

(toujours agacé) Pas trop finalement, à cause de tout ça. Et ça me fait chier, sincèrement. Je trouve qu’on n’est pas sympa avec les joueurs. On leur demande beaucoup. On s’arrête, on fait des petits entraînements à trois, des machins, ils se font tabasser après Béziers et ils l’ont mérité. On va gagner chez le leader mais « on aurait pu faire trois passes de plus »… Oh, ça va ! C’est bon. Ils ont gagné sept matches sur neuf les mecs, ça va. On peut quand même se taper les mains trois secondes. Mais non en plus, pas tant que ça sincèrement, parce qu’ils veulent bien faire. Vous auriez un groupe de connards, oui, il y aurait la confiance de ceux qui pensent que tous les autres sont cons, mais c’est pas le cas. Ils sont un peu déçus, voudraient que tout le monde soit content, etc. Et ça me fait chier, parce que tout le monde devrait être content. Je ne suis pas en train de nier qu’il faut se poser des bonnes questions, mais… Merde ! Un minimum. Ça me fait suer. Je pense que l’entraînement de ce matin c’est aussi ça, ça les fout un peu dans le doute. Ce n’est pas le jeu le plus simple, celui que vous demandez et que j’aime. Là, pour l’instant, je ne suis pas persuadé qu’on en soit capable. Je vous le redis, on a fait deux entraînements collectifs en un mois et demi. Ça se saurait si ça se faisait comme ça. (il claque des doigts) Je trouve que ce qu’ils font depuis le début de l’année, ça mériterait qu’ils soient en confiance. Qu’est-ce que ça va être si on perd deux matches d’affilée ? (il siffle) Il va falloir recruter trente types parce qu’on va tous finir noyés dans la Basse. À un moment donné, il faut relativiser.

Ce pragmatisme, n’est-ce pas une preuve de la maturité de ce groupe ?

Oui, je le pense. Je ne voudrais pas que ça vienne s’enrayer. Ils ont fait du bon boulot, tout en n’étant pas pleinement satisfaits. Ils ont travaillé sur ce qui n’était pas forcément une caractéristique forte de ce groupe-là, la défense, la solidité du jeu d’avant près de la ligne, notre capacité à marquer quand on n’a pas de vitesse, etc. C’est comme ça qu’on a gagné des matches depuis le début de l’année, ça veut dire qu’ils ont été efficaces dans les efforts qu’ils ont faits. Bien sûr, il faut faire la transition pour savoir quand utiliser l’un ou l’autre, d’accord. Mais ils font bien les choses. Contre Béziers, ils se sont trompés, tout le monde l’a dit et on s’est autoflagellés. Tu vas gagner chez le leader après, ne me dites pas que le seul match où les Bretons n’ont pas été bons de l’année c’est contre nous ? C’est un peu facile. Si chaque fois qu’on joue, ce n’est pas nous qui gagnons mais les mecs qui sont nuls en face. (il siffle à nouveau) Ça commence un peu aussi…

« Mettre les choses dans l’ordre »

Qu’attendez-vous de la part d’Aurillac ?

C’est une équipe très solide en conquête, performante sur les mauls avec une très grosse mêlée. Elle joue très bien, surtout le large-large. Ils auraient pu gagner plus de matches que ce qu’ils ont gagné et, c’est une certitude, ce n’est pas la même équipe que l’année dernière. C’est un adversaire sérieux mais, pour vous dire la vérité, on est vraiment concentré sur notre prestation. On se doit de remettre la marche avant à Aimé-Giral, même sans notre public.

Peut-on faire du bonus offensif un objectif ?

Vu qu’on a terminé sur une défaite à Aimé-Giral, il faut mettre les choses dans l’ordre. Qu’on gagne contre Aurillac, vous me parlerez de bonus pour Angoulême (la semaine prochaine). Ça ne veut pas dire que je ne veux pas le bonus, tout comme c’était prétentieux de dire qu’on gagnerait à Vannes, et pourtant on l’a fait. Si on a le bonus, je ne ferai pas la gueule, même s’il y a trois passes en moins et qu’on fait le même match que face à Montauban (27-6). Je boirai un coup à la fin de match et je féliciterai les joueurs.


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