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Racisme : le monde du sport salue le « tournant » PSG-Basaksehir

« Le ras-le-bol », « un tournant »… l’interruption « frappante » mardi du match de Ligue des champions entre le Paris SG et le Basaksehir Istanbul après des propos d’un arbitre, reçoit un soutien unanime du monde sportif, qui espère que cette réaction fera date pour évincer le racisme des stades.

Ce match de la 6e journée du groupe H de l’épreuve européenne doit redémarrer mercredi 9 décem bre en début de soirée (18h55), là où il s’était arrêté la veille, à la 14e minute. Mais ce sera sans le corps arbitral roumain qui officiait mardi lors de cette rencontre qui a désormais valeur de symbole.

Quand l’arbitre délégué Sebastian Coltescu a été entendu désignant l’entraîneur adjoint Pierre Achille Webo comme « le noir » en roumain (« negru »), il a déclenché la colère des joueurs et de l’encadrement du club turc puis du PSG qui de concert ont quitté la pelouse après quelques minutes de discussions tendues. Cette décision est jamais vue au plus haut niveau dans un monde du football souvent taxé de laxisme et d’indifférence sur ce sujet.

 

 

« Un geste d’une dimension inédite et d’une incroyable portée », salue mercredi le quotidien sportif français L’Equipe, en titrant sur « Le ras-le-bol ». « Les joueurs ont dit stop! », décrit Le Parisien.

« Nous avons donné une leçon à l’arbitre raciste », commente le quotidien turc Hurriyet. Le président turc avait « fermement » condamné l’incident dès mardi soir.

En Espagne, PSG-Basaksehir a éclipsé les retrouvailles entre les superstars Lionel Messi et Cristiano Ronaldo à la Une du quotidien As: « Stop au racisme », titre le journal.

 

 

Pour la Gazzetta dello Sport, « il s’est passé quelque de chose d’inédit et surtout de très grave »; un événement « rare » et « particulièrement frappant » qui « pourrait être un tournant dans la lutte contre les discrimination dans le football », selon le Guardian.

Demba Ba, image forte

Un avis partagé par l’ancien international anglais Rio Ferdinand, dont le frère Anton avait été l’objet d’insultes racistes en 2011: « Les instances de ce sport doivent prendre position avec force ». « (Voir) les joueurs qui quittent le terrain ensemble est un pas dans la bonne direction. Mais on ne peut pas laisser aux joueurs la responsabilité de faire ça. »

Dans la nuit, Kylian Mbappé, Neymar et d’autres figures du PSG ont exprimé sur les réseaux sociaux leur engagement contre le racisme.
« Une symbolique forte », a déclaré en France la ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu, tandis que son homologue roumain Ionut Stroea présentait ses « excuses au nom du sport roumain ».

 

 

Il a suffi de quelques secondes, dans la nuit froide d’un Parc des princes à huis clos, pour que la polémique s’embrase. Après avoir entendu comment l’arbitre assistant le désignait, Pierre Achille Webo laisse libre cours à son indignation: « He said negro! He said negro! » Les explications de Sebastian Coltescu (« negru veut dire noir » en roumain, dans des propos captés par le diffuseur RMC Sport) ne lèvent pas l’incompréhension des membres du staff stambouliote. Un membre de l’encadrement de Basaksehir lui répond: « Nous sommes en Ligue des champions, pas en Roumanie. »

Enquête et nouvel arbitre au sifflet

L’international sénégalais Demba Ba adresse alors des mots forts au quatrième arbitre: « Vous ne dites jamais « ce Blanc », vous dites « celui-là », alors quand vous parlez d’un homme noir, pourquoi dites-vous « ce Noir »? », s’emporte en anglais le remplaçant stambouliote. Kylian Mbappé vient dire qu’il ne reprendra pas le jeu si Sebastian Coltescu reste sur le terrain.
Après dix minutes de discussions tendues, les joueurs rentrent aux vestiaires. Deux heures plus tard, l’UEFA officialise le report.
L’instance a annoncé une « enquête approfondie » sur cet incident. Son règlement disciplinaire prévoit une suspension d’au moins dix matches pour un comportement raciste ou discriminatoire.

https://www.youtube.com/watch?v=OmOHmUWe2a8

L’expérimenté Néerlandais Danny Makkiele sera au sifflet pour les 76 minutes restantes d’un match (0-0) dont l’intérêt sportif est passé au second plan. Le PSG est qualifié pour les 8es de finale grâce au succès, mardi soir, du RB Leipzig contre Manchester United (3-2). Le seul enjeu reste la première place du groupe.
Ce match restera dans les esprits à la fin d’une année 2020 marquée par l’engagement militant croissant du monde sportif, notamment dans le football, où jusque-là l’UEFA voulait au maximum éloigner la politique des stades.

L’indignation de nombreux sportifs américains contre l’injustice raciale, au sein du mouvement « Black Lives Matter », a fait bouger des choses de l’autre côté de l’océan Atlantique. Et en France récemment, plusieurs footballeurs, comme Mbappé ou Antoine Griezmann se sont élevés contre les violences policières.

Des précédents nombreux, des sanctions minimes

Les incidents racistes dans les stades de football, qui concernent pour la plupart des spectateurs, aboutissent rarement à de lourdes sanctions malgré l’indignation qu’ils suscitent. Aucun, cependant, n’a connu la résonance de PSG-Istanbul Basaksehir, interrompu mardi 8 décembre pour des accusations de racisme visant un arbitre.

En 2014, le club espagnol de Villarreal avait été sanctionné d’une amende de 12 000 euros pour le jet d’une banane en direction du défenseur brésilien Dani Alves, qui jouait alors au FC Barcelone et avait réagi en en mangeant un morceau. Un acte qu’a aussi subi l’attaquant gabonais d’Arsenal Pierre-Emerick Aubameyang lors d’un match contre Tottenham fin 2018. Avant la crise sanitaire, les cris de singe s’élevaient encore parfois des tribunes italiennes.

  • L’affaire Terry-Ferdinand

En 2012, le défenseur de Chelsea John Terry est condamné à quatre matches de suspension et une amende de 220 000 livres (270 000 euros) pour des insultes envers le joueur des Queens Park Rangers (QPR) Anton Ferdinand, une affaire qui lui avait fait perdre son brassard de capitaine de la sélection anglaise.

Mais la Fédération anglaise, tout en reconnaissant que Terry avait voulu insulter Ferdinand, avait écarté tout soupçon de racisme touchant le défenseur anglais. Terry avait nié avoir proféré une insulte raciste comme les images télévisées pouvaient le suggérer.

  • Moussa Marega quitte la pelouse

En février 2020, l’attaquant franco-malien de Porto Moussa Marega décide de quitter la pelouse du Vitoria Guimaraes après des cris racistes de spectateurs. L’affaire fait réagir jusqu’au Premier ministre portugais Antonio Costa. « Je ne pouvais pas rester sur cette pelouse (…) Ce n’était plus possible », a raconté le joueur sur RMC, disant avoir vécu « une grosse humiliation ». Huit mois plus tard, le Vitoria Guimaraes a écopé d’une amende et trois matches à huis clos.

Trois ans plus tôt, un autre joueur avait quitté la pelouse après des cris racistes, en Italie, ce qui lui avait d’ailleurs valu un deuxième carton jaune: le milieu de terrain ghanéen de Pescara Sulley Muntari, à Cagliari. Son match de suspension lui avait néanmoins été retiré après coup.

  • L’affaire Neymar-Alvaro, dernière en date 

Le Parc des Princes a récemment été le théâtre d’une polémique, lorsqu’en septembre 2020 lors du sommet de Ligue 1 Paris SG-Marseille, Neymar, exclu pendant la rencontre, a accusé le défenseur espagnol de l’OM Alvaro Gonzalez de l’avoir traité de « singe ». Un match où Neymar lui-même a ensuite été accusé d’avoir proféré une insulte raciste à l’encontre du Japonais Hiroki Sakai. Mais malgré plusieurs semaines d’enquête de la Commission de discipline de la Ligue, incluant des expertises en lecture labiale, aucune sanction disciplinaire n’a été prise à l’encontre des joueurs, faute d’éléments tangibles sur cette affaire impliquant des joueurs, fait assez rare.

En Ligue 1, le premier cas d’interruption de match pour des accusations de racisme remontait à avril 2019, avec les cris racistes de supporters visant le capitaine d’Amiens Prince Gouano.

En janvier 2020, la Lazio Rome a été sanctionnée d’une amende de 20 000 euros pour les cris racistes visant l’attaquant de Brescia Mario Balotelli. Toujours en Italie, le Sénégalais de Naples Kalidou Koulibaly, le Belge de l’Inter Milan Romelu Lukaku, l’Ivoirien de l’AC Milan Franck Kessié ou l’Anglais de la Sampdoria Gênes Ronaldo Vieira ont tous été victimes d’incidents racistes.

En décembre 2019 en Angleterre, le défenseur de Chelsea, Antonio Rüdiger, avait signalé à l’arbitre qu’il était visé par des cris racistes lors d’un match contre Tottenham. Là aussi, l’arbitre avait brièvement interrompu le match.

En Espagne, deux supporters de l’Espanyol Barcelone font l’objet depuis novembre d’une enquête pour insultes racistes présumées envers l’attaquant de Bilbao Inaki Williams, une première dans le pays.

 




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