Économie

Ramadan/Produits laitiers : Interview avec Mohammed Raita, chargé de la gouvernance, la coordination et de la communication auprès du président de Maroc Lait

Propos recueillis par Manal ZIANI.

Le lait et dérivés font partie des produits les plus demandés durant le mois de Ramadan. Dans une interview accordée à la MAP, Mohammed Raita, chargé de la Gouvernance, la coordination et de la communication auprès du président de la Fédération interprofessionnelle du secteur laitier “Maroc Lait”, dresse l’état des lieux de l’approvisionnement des marchés en produits laitiers depuis le début du mois sacré, et revient sur les principaux problèmes dont souffre le secteur actuellement, ainsi que sur les possibilités d’un retour à la baisse des prix de ces produits.

1. Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de l’approvisionnement des marchés depuis le début du mois de Ramadan en produits laitiers ?

Malgré une baisse du cheptel bovin de 11% en 2022 par rapport à 2021 et d’environ 20% par rapport à 2019 (année avant les crises), nous avons pu nous assurer une offre suffisante pour ce mois sacré, aussi bien en lait qu’en dérivés, et ce grâce aux mesures prises conjointement par le ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts et Maroc Lait.

Je rappelle, à ce titre, brièvement les causes de la baisse drastique du cheptel (et du lait) depuis 2020 et les mesures prises pour assurer un approvisionnement du marché.

Alors que la filière laitière a enregistré de bonnes performances entre 2009 et 2019, grâce au Plan Maroc Vert, notamment une progression de 17% du cheptel bovin, +52% de la production laitière, +40% de la consommation du lait (en kg/hab./an), et surtout une autosuffisance nationale de quasi 100%, trois crises ont impacté sérieusement la filière lait depuis 2020 :

– La crise sanitaire avait fortement ralenti la vente des produits laitiers et des animaux d’élevage. L’insémination artificielle a été également arrêtée durant plusieurs mois, ce qui a impacté les naissances et, partant, causé une réduction du nombre de vaches laitières en production pour les années suivantes ;

– La sécheresse, la plus sévère depuis 40 ans, dont le cumul des dernières campagnes, a fortement réduit la disponibilité en eau de barrage, de la nappe phréatique et donc la disponibilité des pâturages et de la production des fourrages (paille, foin, ensilage) ;

– Et enfin le conflit russo-ukrainien qui a accentué la hausse des prix, ayant touché les aliments composés dont les intrants sont importés, l’énergie (gasoil), le transport, les emballages, etc., et les prix des aliments de bétail, qui constituent environ 70% des coûts de production du lait, ayant augmenté en moyenne pondérée de plus 80% en 2022 par rapport à 2021.

Il en résulte une baisse du cheptel et de la production du lait d’environ 20% en 2022 par rapport à 2019.

En réponse à cela, des mesures d’urgence et des mesures pour le moyen et long terme ont été prises par Maroc lait et le ministère de l’Agriculture, dont les plus importantes sont les suivantes :

1) Mesures d’urgence, depuis fin 2022 :

• Au niveau du ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts :

Subvention des aliments composés; exonération de la TVA sur l’importation des aliments simples; exonération des taxes et droits de douanes des bovins importés, destinés à l’abattage; exonération des taxes et droits de douanes des génisses importées d’autres continents que l’Europe et les États Unis; interdiction d’abattage des femelles; subvention d’un contingent de lait en poudre et beurre destinés à la production des dérivés pour orienter le lait cru vers le lait UHT et le lait pasteurisé.

• Au niveau de Maroc Lait :

– Solidarité avec les éleveurs, avec une augmentation importante des prix, de plus de 20% sur une année, pour les aider à faire face à l’augmentation des prix des aliments ;

– Participation active à la mise en place d’une filière fourragère pouvant assurer une alimentation de base du cheptel laitier et constituer des réserves fourragères en période de sècheresse ;

– Lancement en 2023 des unités régionales d’encadrement laitier (UREL), dont 4 UREL sont déjà opérationnelles. Ces UREL dotées de moyens humains (ingénieurs, techniciens… ) et moyens matériels vont accélérer la politique de proximité aux éleveurs, permettant l’écoute, la formation, l’adhésion à la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale), le soutien et, in fine, l’amélioration de la productivité des aliments et du lait et donc un meilleur revenu ;

– Formation des éleveurs et leurs familles dans le Lactopole de Casablanca, équipé par des installations modernes (Étable, salle de traite, moyens de formation théorique et pratique, internat, restaurant, etc.). Des stages de plusieurs jours sont organisés en faveur des éleveurs, de leurs enfants et leurs femmes.

2) Mesures pour le moyen et long terme :

• En collaboration avec un grand cabinet d’étude, Maroc Lait a lancé une étude nationale sur les coûts de production du lait à la ferme. Cette étude qui cible toutes les régions du Maroc, toutes les catégories d’éleveurs et les différents écosystèmes, permettra de mieux comprendre les problèmes de chaque catégorie d’éleveurs, pour mieux répondre à leurs besoins ;

• Participation active à l’élaboration d’un plan de relance multidimensionnel de la filière laitière, suite aux problèmes conjoncturels précités. Ce plan permettra de rejoindre, dans les trois prochaines années, les objectifs tracés par la stratégie “Génération Green”.

2. Quels sont les problèmes dont souffre le secteur actuellement ?

Les trois crises précitées (Conséquences de la Covid-19, sécheresse prolongée et augmentation vertigineuse des prix) ont perturbé la marche normale de la filière et ont induit d’autres problèmes, notamment :

– L’arrêt de l’activité de l’élevage laitier par une partie des éleveurs n’ayant pas pu résister à ces crises ;

– Le ralentissement des investissements, du développement de nouveaux produits, du marketing et des recrutements, aussi bien en amont qu’en aval de la filière ;

– La réduction de la disponibilité des génisses de renouvellement aussi bien en local qu’à l’import ;

– L’augmentation de l’informel dans certaines activités liées à l’élevage, en l’occurrence l’insémination artificielle, le contrôle laitier et le colportage du lait.

Comme nous l’avons précisé précédemment, un plan de redressement de la filière pour le moyen et long terme a été dressé entre le ministère de l’Agriculture et Maroc Lait. Il sera signé lors du prochain Salon International de l’Agriculture au Maroc (SIAM), mais certaines actions urgentes sont déjà opérationnelles.

3. Pour le reste du mois de Ramadan et les mois qui suivent, peut-on s’attendre à une baisse des prix des produits laitiers ?

Il faut préciser que la filière forme une chaîne complète, de la production des fourrages, jusqu’à la vente des produits au consommateur, en passant par l’élevage, la fabrication, le transport amont et aval.

Tous ces maillons sont interdépendants et forment le coût et le prix de vente des produits. Donc toute indisponibilité des intrants et toute augmentation du prix des composants du prix de revient se répercute tôt ou tard sur les prix de vente, sinon l’activité cumule des pertes et finit par s’arrêter.

Nous souhaitons fortement, le retour des bonnes pluies et la baisse des prix à l’international (énergie, transport, etc.) qui se répercuteront, par le mécanisme de la loi de l’offre et de la demande, sur les prix.

Il est aussi à rappeler qu’il y a quelques mois, les produits laitiers étaient en promotion quasi-permanente, grâce aux volumes et aux remises des fournisseurs, ce qui se traduisait par une baisse du prix moyen des produits au niveau des consommateurs.

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