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Voix du football héraultais, Philippe Sers raconte ses plus grands souvenirs de Coupe de France

Durant prĂšs de trois dĂ©cennies, « Sersou » a Ă©tĂ© la voix du sport sur France Bleu HĂ©rault. Aujourd’hui au MHSC, celui qui a bercĂ© plusieurs gĂ©nĂ©rations de Pailladins revient sur les quatre matches de Coupe de France qui ont le plus marquĂ© sa carriĂšre de commentateur.

J’ai toujours adorĂ© cette pĂ©riode de la saison oĂč je faisais l’ascenseur entre les professionnels et les amateurs. Du jour au lendemain, je pouvais passer d’un stade de 40 000 personnes en Ligue 1 au bord d’une pelouse de District.

Quand j’ai dĂ©marrĂ© ma carriĂšre, Ă  la mĂȘme Ă©poque que la naissance de Canal +, le football Ă©tait encore trĂšs diffĂ©rent. À cette Ă©poque-lĂ , j’enjambais les elastoplasts et je glissais sur le baume du tigre, quand je pouvais faire les interviews dans le vestiaire. C’était un temps bĂ©ni, Ă  une Ă©poque oĂč les joueurs parlaient encore avec leur ventre. Il y avait beaucoup plus d’émotion, d’authenticitĂ©.

1. Montpellier – PSG (10 fĂ©vrier 1985)

C’est mon premier match de Coupe de France aux commentaires, Ă  AlĂšs. C’était intermibable, il avait durĂ© plus de 3 h 30, entre les prolongations et les tirs au but. Je crois d’ailleurs que c’est Franck Passi qui manque le dernier penalty pour Montpellier.

J’étais Ă  Radio France depuis moins d’un an, j’étais parti sans assistance Ă  l’antenne. C’était un sacrĂ© exercice pour moi. Je dĂ©butais dans le mĂ©tier, donc plus de trois heures d’antenne sans interruption, c’est long et trĂšs intense (rires).

2. Le CrĂšs – Matra (15 fĂ©vrier 1986)

La fusion entre Castelnau et Le CrĂšs n’avait pas encore eu lieu, c’est l’Entente du CrĂšs qui jouait ce match Ă  La Mosson. À l’époque, la plupart des joueurs Ă©taient des anciens du centre de formation de La Paillade, qui n’avaient pas percĂ©.

Ce jour-lĂ , toute La Mosson Ă©tait pour Le CrĂšs, face au Matra de Maxime Bossis. J’ai gardĂ© ce match Ă  l’esprit car c’était la premiĂšre Ă©quipe amateure que je suivais et qui se confrontait Ă  un gros. Je me souviens que le Montpellier HĂ©rault jouait en mĂȘme temps. À la fin du match du CrĂšs, ils avaient sonorisĂ© La Mosson avec les commentaires radio du match de Montpellier.

3. St-Chinian – Rodez (26 novembre 2001)

Deux ou trois jours avant le match, j’ai fait l’interview du prĂ©sident GĂ©rard Rocquet et je suis allĂ© voir les joueurs Ă  l’entraĂźnement. Quand je suis arrivĂ© Ă  Saint-Chinian, tout le monde Ă©tait au petit soin pour moi. C’était presque trop, c’en Ă©tait touchant. Et puis, arrive le jour du match.

Comme toujours dans ces annĂ©es-lĂ , je me retrouve Ă  tirer mon cĂąble France Telecom pour le direct. Au bout de 80 mĂštres, je m’installe en face de la seule tribune qu’il y avait Ă  Saint-Chinian. Ils avaient mis une petite estrade sur laquelle on pouvait ĂȘtre assis Ă  deux ou trois au maximum. Je me suis retrouvĂ© en pleine nature, avec les vignes dans le dos, j’étais seul au monde.

Je me suis assis sur ma petite valise pour attaquer la retransmission

Je me suis assis sur ma petite valise pour attaquer la retransmission et Ă  un moment donnĂ©, un dirigeant fait tout le tour du stade pour m’amener une chaise, en plein direct. On s’échangeait des signes, j’ai fini par ne mĂȘme plus regarder le match pendant quelques instants (rires).

Ce qui Ă©tait exceptionnel ce jour-lĂ , c’est que le prĂ©sident Rocquet m’avait invitĂ© Ă  manger avec les joueurs avant le match. Quand je suis arrivĂ© Ă  midi au restaurant, il n’y avait plus personne. Ils avaient mangĂ© Ă  11 h pour ĂȘtre prĂȘts. Le patron du restaurant m’a reconnu et m’a dit qu’il Ă©tait au courant, que c’était offert par le club (rires).

AprĂšs la rencontre, les joueurs de Saint-Chinian sont venus me voir. Ils m’avaient entendu pendant tout le match vu que j’étais au bord du terrain, Ă  m’enflammer comme un porc qu’on Ă©gorge. À la fin, ils m’ont gentiment offert un carton de vins.

Et comme ils Ă©taient qualifiĂ©s, ils m’ont invitĂ© Ă  la pizzeria. Je suis restĂ© jusqu’à minuit avec eux. J’ai passĂ© une soirĂ©e exceptionnelle, une vraie bouffĂ©e d’air pur. Humainement, c’est l’un de mes plus grands souvenirs au micro. Je m’en souviendrai toute ma vie.

4. ASPM – Colomiers (20 novembre 2005)

Ce match-lĂ , c’est un trĂšs grand moment pour moi. La veille, j’étais Ă  un match de Montpellier. Le dimanche matin, je prends l’avion Ă  Orly et quelques heures plus tard, je me retrouve Ă  Puissalicon ou Magalas, je ne sais plus exactement. Quand je suis arrivĂ© avec le logo Radio France sur la bagnole, c’était quelque chose.

Tout le monde Ă©tait ravi que l’on parle du club, c’était leur moment. Les spectateurs avaient dĂ©ployĂ© et Ă©crit sur un immense drap de lit Ă  l’entrĂ©e du stade, pour mettre la pression aux Toulousains. Ce qui m’a surtout marquĂ© ce jour-lĂ , ce sont les conditions de retransmission du match.

Le meilleur endroit que j’avais trouvĂ©, c’était le toit du vestiaire. Les spectateurs m’ont alors fait la courte Ă©chelle pour que je monte dessus

Inutile de dire qu’il n’y avait pas de tribune de presse, ni d’accĂšs numĂ©rique. Comme nous fonctionnions toujours avec les lignes de tĂ©lĂ©phone, nous avons dĂ» dĂ©rouler 50 mĂštres de cĂąble dans l’espoir qu’une fois branchĂ©, je sois dans un endroit acceptable pour voir le match. Le meilleur endroit que j’avais trouvĂ©, c’était le toit du vestiaire. Les spectateurs m’ont alors fait la courte Ă©chelle pour que je monte dessus.

Je me suis retrouvĂ© Ă  commenter le match avec les jambes pendantes, au-dessus des tĂȘtes des joueurs quand ils sortaient des vestiaires. Le plus drĂŽle, c’est que sur le toit du vestiaire, il y avait aussi le DJ du stade. Il est arrivĂ© avec une sono, je crois qu’il aurait pu rĂ©veiller tous les morts de la rĂ©gion. C’est un magnifique souvenir. Je suis un enfant du pays, vivre un match comme celui-lĂ , c’était exceptionnel. C’est pour cela que j’aime la Coupe, pour toutes ces histoires. »

Source

Riad Malki

Journaliste au Media 7 depuis 2019, je suis chargé des questions de l'économie et politique depuis Janvier 2019.

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