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Tunisie: Reprise du tourisme, un casse-tête pour le gouvernement

La situation épidémiologique en Tunisie, qui a connu ces dernières semaines une amélioration notable avec la baisse des cas de contaminations au nouveau coronavirus, a suscité certains espoirs quant à la possibilité d’une reprise du secteur du tourisme, mais aussi des craintes d’une 2è vague de pandémie.

Tout en optant pour un dé-confinement progressif qui devra aboutir d’ici la mi-juin à une reprise normale des activités économiques, les autorités tunisiennes n’ont pas lésiné sur les moyens pour faire face à cette situation inédite et booster une économie en panne depuis des mois, en consacrant 1,5 milliard de dinars (470 millions d’euros) dans le cadre du mécanisme de garantie de prêt, mis en œuvre pour alléger les répercussions du Covid-19.

Le chef du gouvernement tunisien, Elyès Fakhfakh, avait annoncé à ce propos que la Tunisie espère une reprise de l’activité touristique au début du mois de juillet en prenant en considération l’avancement de la situation épidémiologique.

Pour le ministre du Tourisme, Mohamed Ali Toumi, la reprise sera assurée dans une première étape par les touristes locaux, puis les touristes des pays voisins.

C’est dans ce cadre que la présidence du gouvernement a décidé la réouverture des frontières maritimes et aériennes tunisiennes à partir du 27 juin pour accueillir aussi bien les touristes que les Tunisiens résidant à l’étranger. Notant que depuis des semaines, le ministère de tutelle s’emploie à intégrer la Tunisie dans les short-lists des pays à visiter par les touristes, fixées par certains pays européens, en donnant à ces pays toutes les garanties nécessaires pour la sécurité de leurs ressortissants.

En prévision à un retour à la normale pour un secteur qui contribue à hauteur de 14 % du PNB tunisien, les ministères de la Santé et du Tourisme ont aussi élaboré un protocole sanitaire rigoureux en vue d’éviter la propagation du virus dans les rangs des vacanciers.

Ce protocole vise l’accompagnement d’une reprise, à haut risque, des activités malgré les victoires réalisées par la Tunisie face au Covid-19.

Dans ce sens, plusieurs objectifs sont affichés : maîtrise de la propagation de la maladie dans les établissements touristiques, protection de la santé du personnel et des clients, rétablissement de la confiance entre les réseaux de vente et les tour-opérateurs et garantie d’une offre sécurisée sur le plan sanitaire.

D’aucuns estiment en effet que bien que l’eau de mer diminue la charge virale et représente, par conséquent, un faible vecteur de transmission du coronavirus, il n’est pas question de plaisanter avec les consignes barrières afin de ne pas courir le risque d’une nouvelle vague de contaminations.

C’est ainsi qu’en Tunisie, les particuliers qui obtiennent chaque année des autorisations pour exploiter les plages publiques devront respecter le protocole sanitaire mis en place par l’ONTT.

L’une des mesures préconise notamment d’interdire de limiter l’accès aux piscines pour les personnes âgées et souffrant de maladies chroniques, de réduire le nombre des baigneurs en fonction de la capacité du bassin et de veiller au respect de la distanciation d’au moins un mètre entre les chaises longues autour de la piscine et sur la plage.

Pour beaucoup de professionnels, il n’est pas aussi évident que ce protocole soit drastiquement respecté, d’autant plus qu’aucun texte de loi pour l’heure n’impose ni la fermeture des plages, ni l’application d’amendes en cas de non-respect des mesures imposées.

Malgré ces garanties, les acteurs tunisiens sont unanimes à réclamer des lignes directrices claires et cohérentes de relance du secteur, désormais à l’arrêt depuis plusieurs mois.

Selon la Fédération, les conditions d’octroi de la ligne de crédit d’exploitation par les banques sont compliquées et longues et ne permettent pas de résoudre les problèmes financiers urgents de ces entreprises.

De surcroît, malgré l’arrêt des activités, aucune mesure n’a été prise pour reporter le paiement des cotisations sociales. Mieux encore, le gouvernement a exigé le paiement immédiat de la totalité des échéances fiscales et sociales pour profiter des crédits d’exploitation.

Selon ces professionnels, qui souhaitent une reprise sans faille de la saison touristique 2020 après le dé-confinement, la réouverture des frontières et le redémarrage de l’activité aérienne et maritime relèvent d’une stratégie paradoxale qui pourrait obliger un grand nombre d’entreprises touristiques à mettre la clé sous le paillasson en raison surtout de l’obstination des sociétés de leasing qui refusent toujours d’appliquer la circulaire de la Banque Centrale de Tunisie et continuent d’exiger des intérêts pour les reports des échéances des crédits.

Force est de constater qu’avec la propagation du coronavirus depuis le début de l’année, le nombre des touristes à l’échelle mondiale a baissé, impactant ainsi les recettes touristiques de plusieurs pays, comme la Tunisie qui a attiré, en 2019, plus de 9 millions de touristes.

Chiffres à l’appui, le volume des recettes touristiques en Tunisie a atteint 317 millions d’euros jusqu’au 10 mai dernier, enregistrant une baisse de 27% par rapport à la même période de l’année dernière. De même, la crise sanitaire a causé des pertes de près de deux milliards d’euros au secteur qui offre près de 400 mille emplois directs et indirects avec un grand effet d’entraînement sur le reste des secteurs.

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