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Toulouse. « À Saint-Sernin, le grand orgue est un chef-d’œuvre »

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Toulouse concentre un incroyable patrimoine d’orgues, très diversifié avec des instruments de très grande qualité. La basilique Saint-Sernin abrite l’un des chefs-d’œuvre du facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll. Rencontre avec Michel Bouvard, l’organiste titulaire.

Pour rencontrer Michel Bouvard, l’organiste titulaire de la basilique Saint-Sernin de Toulouse, il faut s’armer de patience. Le musicien est fort occupé puisqu’il enseigne aux conservatoires de Paris et Toulouse – ville où il réside –, anime l’orgue de la basilique Saint-Sernin, et donne des concerts dans le monde entier, « en Europe mais aussi aux Etats-Unis, en Corée, au Japon… », annonce-t-il.

Cet après-midi, Michel Bouvard nous entraîne à la tribune de l’orgue de Saint-Sernin. Pour y accéder, il faut emprunter un escalier tortueux et surtout baisser la tête à la dernière marche, sous peine de s’assommer. L’organiste connaît le chemin par cœur puisqu’il vient ici « tard le soir quand la basilique est fermée, mais aussi tôt le matin, à 5 heures, avant qu’elle n’ouvre » et durant les offices. Michel Bouvard a usé ses doigts sur le grand orgue de Saint-Sernin « des milliers d’heures », au point, aujourd’hui, de l’avoir dans la peau.

« Il n’a pas été trafiqué »

Surplombé par le buffet qui renferme tous les tuyaux, le grand orgue de Saint-Sernin est fabuleux avec ses trois claviers, ses boutons sur le côté – nommés registres –, et ses nombreuses pédales. Pour un peu, on se croirait dans le cockpit d’un avion, tant les commandes sont nombreuses. C’est à se demander comment Michel Bouvard s’y retrouve ! Ici, on joue autant avec les mains qu’avec les pieds. L’orgue est un orchestre à lui seul et l’organiste, « le chef d’orchestre et les musiciens à la fois. On est tout ! C’est pour cela que les organistes sont mégalos », plaisante Michel Bouvard.

Construit en 1889, par Aristide Cavaillé-Coll, le grand orgue de Saint-Sernin est un véritable joyau. « Ici, tout est quasiment d’origine. Cavaillé-Coll a construit 500 orgues tout au long du XIXe siècle, dans le monde entier. Celui de Saint-Sernin est l’avant dernier de sa production. Ici on peut jouer la musique de 1850 à 1920 comme les compositeurs l’ont entendue et conçue. L’orgue de Saint-Sernin fait partie des rares instrument de Cavaillé-Coll qui n’ont jamais été trafiqués », se réjouit Michel Bouvard.

« C’est comme piloter une Ferrari »

D’un naturel discret et modeste, Michel Bouvard est responsable de cet instrument « vis-à-vis de la ville qui en est propriétaire ». Il est aussi l’organiste et à ce titre joue une partie des messes du dimanche bien sûr, parfois pour un mariage ou un enterrement. « Donc, on travaille avec le clergé, les chorales… Nous sommes quatre organistes, trois de mes anciens élèves jouent également pour les offices car je suis souvent absent », poursuit le musicien.

Être aujourd’hui à la proue de l’orgue de Saint-Sernin est pour lui l’accomplissement d’un rêve, « tous les organistes aspirent à un orgue transcendant. C’est comme piloter une Ferrari », reconnaît Michel Bouvard. « Ici, c’est la qualité du son, le toucher de l’instrument qui fait toute la différence. C’est prodigieux ! Certes, on a un orgue du XIXe dans une église romane, mais les deux vont bien ensemble avec la patine du temps. Il y a une très belle acoustique. Le son est très pur. Les organistes du monde entier veulent jouer ici ! »

Voir l’orgue de la cathédrale de Nantes partir en fumée, pour Michel Bouvard, c’est « épouvantable. C’est comme perdre un grand tableau de maître. C’était un très bel instrument même s’il n’est pas aussi célèbre que celui de Saint-Sernin », dit-il. Si à 62 ans, Michel Bouvard savoure son bonheur d’avoir pu embrasser cette belle carrière d’organiste, il ne cache pas qu’ »il faut s’en donner les moyens, travailler énormément, et avoir la vocation de partager avec le public quelque chose qui l’élève ».


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