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Saint-Valentin : Covid-19 ou pas, en Occitanie, comment ils vivent l’amour en temps de crise sanitaire

Depuis un an, la pandémie de Covid-19 a chamboulé les rencontres amoureuses. Mais les Cupidon s’adaptent, avec ou sans les sites de rencontres qui cartonnent, à la recherche de cette alchimie unique. Décryptage en région.

Port du masque, gestes barrière, couvre-feu, confinements, tomber amoureux en ces temps troublés relève quasi de l’exploit. Privés des lieux habituels de sorties et des opportunités de rencontres chez des amis, au restaurant, en discothèque, sur son lieu de travail, les célibataires s’organisent pour provoquer le destin.

Que se passe-t-il dans notre cerveau lorsque l’on tombe amoureux ?
INFOGRAPHIE MIDI LIBRE – SOPHIE WAUQUIEZ

Provoquer le destin

Les sites et applications de rencontres ont le vent en poupe. 30 % des personnes en couple depuis le premier confinement se sont rencontrées via un site ou une appli. Une hausse de 9 % par rapport à janvier 2020.

Tinder, Happn, Once ou encore Facebook Dating offrent désormais la possibilité de se parler en visioconférence dès qu’il y a « match » entre deux membres. Néanmoins, 45 % des célibataires se montrent plus prudents qu’auparavant, 44 % veulent prendre le temps de faire connaissance.

67 % des femmes cherchent une relation sérieuse et 73 % des hommes souhaitent plutôt pimenter leur quotidien avec des aventures sans lendemain (Sources : Ifop pour Facebook, décembre 2020 et étude Once, avril 2020).

À Montpellier, Cupidate favorise l’intuition humaine aux algorithmes

C’est une Saint-Valentin pas comme les autres. Depuis mars 2020, la crise sanitaire a engendré de nombreux changements dans notre quotidien et nos interactions sociales. Aujourd’hui, c’est à peine si l’on devine le visage des personnes que l’on croise sous le masque.

Les utilisateurs jouent les Cupidon pour vous

Alors, pour faire des rencontres et trouver l’âme sœur, de plus en plus de cœurs esseulés se tournent vers les sites de rencontres. Lancée à Montpellier pendant le premier confinement, l’application de rencontres Cupidate va à l’encontre des sites habituels avec un concept inédit.

Ce sont les utilisateurs qui jouent les entremetteurs entre les prétendants.
MIDI LIBRE – SYLVIE CAMBON

Concrètement, Cupidate « puise son originalité en mettant entre les mains de chaque utilisateur du site le soin de la mise en relation entre les cœurs à prendre », détaille Michel Hodzaj co-fondateur de l’appli avec Mathias Quirant. Autre nouveauté, une fois que la discussion démarre, la photo de l’autre est floutée.

Près d’un an après son démarrage, elle compte déjà 45 000 utilisateurs

« Elle ne devient plus claire qu’au fur et à mesure des échanges. L’objectif est de vraiment remettre le facteur humain et l’intuition au centre de la rencontre, ce que ne peut pas faire un algorithme. » Concrètement, remettre au goût du jour ce que l’on faisait avant, c’est-à-dire « draguer ».

Un mois et demi après son coup d’envoi, Cupidate enregistrait déjà plus de 10 000 inscrits. Près d’un an après, elle en compte désormais 45 000 utilisateurs.

Aujourd’hui, la start-up qui cherche à se distinguer des géants mondiaux de rencontres aux millions d’utilisateurs (Meetic, Tinder, etc.) travaille à une version 2 de son site, beaucoup plus complète.

Florence Escaravage, spécialiste en love coaching

Florence Escaravage est la fondatrice, à Paris, de Love Intelligence®. Passionnée par les dynamiques relationnelles et amoureuses, elle a constitué une méthodologie d’accompagnement concrète. Qui, à ce jour, a accompagné plus de 50 000 personnes, célibataires ou couples.

Expliquez-nous le concept de Love Intelligence® ?

J’ai créé Love Intelligence® en 2007 avec pour objectif de permettre à chacun de retrouver sa capacité à aimer pour mieux se réaliser dans sa vie. Notre métier consiste à transmettre les clés de la relation amoureuse au XXIe siècle, qui ne sont pas les mêmes que celles du modèle patriarcal.

Florence Escaravage a fondé Love Intelligence en 2007 qui, depuis, a accompagné plus de 50 000 personnes.
Photo – Love Intelligence

Aujourd’hui, c’est compliqué de se réaliser dans sa vie affective à cause de la consommation des relations, du contrôle de soi, de la perte de repères, du désengagement. J’avais envie de créer un centre de recherches, une méthodologie d’accompagnement pour que les célibataires et les couples puissent se libérer de tous ces atermoiements qui font mal et leur fournir les clés pour avancer pas à pas vers la relation épanouissante.

N’oublions pas qu’il y a un divorce tous les 1,8 mariage et que 8 % des adultes sont en dépression à la suite d’une séparation.

Qu’est-ce que l’amour ?

L’amour, c’est est une équation, une émotion, donc une disposition qu’il faut savoir retrouver pour pouvoir créer des liens de qualité, où l’on se laisse surprendre par l’autre.

On sait tomber amoureux, mais on ne sait plus faire grandir une relation en maintenant un lien émotionnel ouvert qui nous nourrit suffisamment pour aimer  longtemps. Lorsque l’on est en couple, on ne sait plus maintenir régulièrement cette connexion émotionnelle afin de pouvoir franchir les aléas de la vie à deux, qui sont nombreux. 

Aimer, c’est une décision. Il faut arrêter de trop s’en remettre au hasard. Apprendre l’amour est incontournable aujourd’hui pour faire face aux injonctions contradictoires de la société qui nous poussent dans le sens contraire d’une relation qui  nous libère : celle où on peut faire de grandes choses dans sa vie car on a ce terreau de confiance d’une relation d’amour épanouissante et structurante.

Le premier confinement a créé une envie d’aller vers des rencontres plus qualitatives

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur les relations amoureuses ?

Les couples ont été moins pollués par les sollicitations extérieures, transports, voyages, amis. Et si le couple souffre d’une chose depuis 10 ans, c’est bien d’espace temps pour se retrouver et reconnecter. Ce n’est pas l’ennui qui tue les couples mais le manque d’échanges vrais et intimes où on se reconnecte émotionnellement l’un l’autre.

Pour les célibataires, cette crise a créé une envie d’aller vers des rencontres plus qualitatives, une envie d’essentiel, de vérité sur qui l’on est et ce à quoi on aspire. Nombreux sont ceux qui se sont pris en mains, et on a vu des milliers de couples se former après des échanges en ligne, des marches dans la nature ou en ville, dans le froid parfois.

Pour les personnes qui n’ont pas franchi le cap, il a été plus sévère en termes d’isolement

Cette crise a favorisé un recentrage sur les rencontres qui ont du sens. Mais pour les personnes qui n’ont pas franchi ce cap, le confinement a été sévère en termes d’isolement, de solitude.

Betty, 56 ans : « Je vais me marier pour la première fois de ma vie »

Betty est heureuse. Ce 14 février, pour la Saint-Valentin, un plateau de coquillages et quelques bulles feront l’affaire. L’essentiel pour cette Héraultaise de 56 ans est de se retrouver en tête à tête avec son nouvel amoureux.

Quand le Covid est arrivé, je me suis dit que ça allait me faire des vacances

L’arrivée de la pandémie, voilà déjà un an, a bouleversé sa vie sentimentale. Radicalement : « Je vais me marier pour la première fois de ma vie », se réjouit cette mère de famille, coiffeuse. La date est cochée : le 5 juin. Betty avait pourtant déchanté après l’arrivée de ce satané virus.

« Les yeux étaient pétillants et ça a été le coup de foudre, on ne s’est plus jamais quittés, je suis amoureuse, c’est magique ! »
Illustration Unplash – Sharon McCutcheon

« J’avais l’habitude d’aller en paillote, dans les bars à vin, de sortir beaucoup et quand est arrivé le Covid, je me suis dit que ça allait me faire des vacances. Mais au bout d’un mois… », se remémore-t-elle. Alors, elle a franchi le pas des sites en ligne. Meetic, qu’elle connaissait plutôt qu’un autre. Trois rendez-vous plus tard, elle voulait pourtant raccrocher. Faute d’atome crochu.

J’ai trouvé l’homme de ma vie le soir où je voulais me désinscrire

« Ces personnes n’étaient pas dans mon style ou trop âgées, je suis un peu compliquée… Et puis j’ai trouvé l’homme de ma vie le soir où je voulais me désinscrire. Il y avait son message, il n’habitait pas loin, il voulait rencontrer des gens », raconte-t-elle.

« Les yeux étaient pétillants et ça a été le coup de foudre, on ne s’est plus jamais quittés, je suis amoureuse, c’est magique ! C’était un vendredi. » Un 5 juin donc. Betty explique qu’elle a convaincu trois clientes de la rejoindre sur le site de rencontres et que là encore, ça a matché pour elles.

Jean-François, 48 ans : « Avant de passer vingt ans avec une femme, il faut bien commencer par une nuit »

Jean-François, lui, 48 ans, est un habitué de Tinder, autre site qui cartonne depuis le début de la pandémie. Habitué à collectionner les aventures plutôt qu’à se stabiliser, il estime que la crise sanitaire a amplifié les envies.

Les rendez-vous, c’est la journée, on peut aller se balader, c’est agréable

« Tout le monde est chez soi le soir, que ce soit avec le confinement ou le couvre-feu, avec l’envie de parler, de communiquer, de rencontrer des gens et là on oublie vite les masques », analyse celui qui partage sa vie entre l’Occitanie et le Nord. Il lui a juste fallu adapter ses rencontres. Fini les préliminaires dans les bars ou les restaurants.

« Les rendez-vous, c’est la journée, on peut aller se balader, c’est agréable. Une fois, nous étions à 30 km l’un de l’autre, le rayon autorisé était de 20 km, nous avons fait 15 km chacun et nous sommes retrouvés dans un parc », raconte-t-il. Avec une autre, c’était à Ikea, « j’avais des courses à faire ».

La nouveauté sous Covid, c’est que je donne rendez-vous chez moi, à 17 h, avec une option pour la nuit

Et puis, Jean-François a trouvé aussi le moyen d’aller à l’essentiel, tout en économisant le resto, souligne-t-il un brin caustique : « La nouveauté sous Covid, c’est que je donne rendez-vous chez moi, à 17 h, avec option pour la nuit… Avant de passer vingt ans avec une femme, il faut bien commencer par une nuit. » Et pour la Saint-Valentin ? Il avoue aujourd’hui avoir une relation durable en ce moment et se réjouit de passer ce dimanche en amoureux.

À Toulouse, l’école de Capucine « cultive l’érotisme » 

Capucine Moreau est sexologue. Elle a créé en 2017, à Toulouse, l’Ecole de Capucine. Un lieu qui permet de cultiver l’érotisme, pour l’apprendre, l’explorer, l’échanger, le cultiver. 

Capucine Moreau

Qu’est-ce que l’école de Capucine que vous avez fondée à Toulouse ?

L’idée, c’était de créer des espaces collectifs d’échanges et de partages sur l’apprentissage de l’érotisme. Je préfère parler d’érotisme car c’est plus englobant que la sexualité. L’érotisme c’est une forme d’art qui peut s’apprendre et, qui, au contact des autres peut être évolutive.

Une forme d’art qui peut s’apprendre, et qui, au contact des autres peut être évolutive

Tout dépend de chaque « contrat » de couple. Il y a des couples qui vivent sans sexualité et qui sont très heureux à partir du moment où les deux sont d’accord. Aujourd’hui, le couple a beaucoup évolué, il tient moins facilement dans la durée.

Garder une sexualité riche dans le contexte actuel, ce n’est pas facile

On demande au couple d’être à la fois un espace familial, amical, sécuritaire… et en même temps, il y a une forte injonction à la sexualité qui pèse sur le couple. Et de ce fait, beaucoup de facteurs qui éloignent plutôt le couple de la sexualité. 

Il faut pouvoir dire que ce n’est pas forcément facile de garder une sexualité riche dans le contexte actuel.

Parler d’érotisme, c’est pouvoir englober tout ce qui se trouve autour : le désir, le plaisir

Quelle est la différence entre érotisme et sexualité ?

Dans notre éducation, la sexualité a été réduite à la procréation et à la pénétration. Pour moi, parler d’érotisme, c’est pouvoir englober tout ce qui se trouve autour : le désir, le plaisir, la séduction.

Le Covid-19  est-il un frein à l’amour ?

La crise sanitaire n’est pas hyperfavorable à la libido. Chez les couples cohabitant, je constate au bout d’un an, que la proximité physique pèse énormément sur eux. Pour se surprendre, se désirer, il faut quand même un peu de distance. Les couples sont peu nourris par l’extérieur. Du coup, c’est difficile de garder quelque chose de mouvant à l’intérieur. 

Voir un joli visage, un joli sourire, cela vient nourrir l’interaction

Pour les personnes seules, en quête d’amour, ce n’est pas simple non plus de pouvoir faire des rencontres. Ne serait-ce que le port du masque, il complexifie l’entrée en contact les uns avec les autres. Le contact visuel, voir un joli visage, un joli sourire, cela vient nourrir l’interaction.

Philippe : « J’aimerais aimer à nouveau »

À Montpellier, Philippe, homosexuel, est célibataire depuis quatre ans. Et comme 18 millions de cœurs esseulés en France, ce quinquagénaire est aussi en quête d’amour. « J’ai eu une rupture amoureuse très difficile. Elle m’a détruite. J’ai d’ailleurs fait une tentative de suicide. Il m’a fallu plus de deux ans pour me reconstruire. L’amour, c’est formidable quand tout va bien mais cela peut être aussi très destructeur », analyse-t-il. 

L’amour c’est formidable quand tout va bien, mais cela peut être aussi très destructeur

Habitué à sortir en boîtes de nuit, dans les paillotes, les bars musicaux, le Covid a obligé Philippe à se réinventer.  « Je me suis tourné vers les sites de rencontres. Mais je ne veux pas payer pour une application, donc ça limite forcément le nombre de profils. Et avec les restrictions sanitaires, quand on se déplace, il faut être sûr de soi ».

« Avec les restrictions sanitaires, quand on se déplace, il faut être sûr de soi. »
Illustration Unplash – TYLER NIX

Avec les restrictions sanitaires, quand on se déplace, il faut être sûr de soi

De son propre aveu, ce jeune quinquagénaire aimerait maintenant retrouver l’amour, « aimer à nouveau et me poser car cela fait deux ans que je profite énormément ». Pas facile toutefois. « Dans le milieu gay, c’est compliqué. Mais pas seulement. Je trouve que c’est de plus en plus difficile de trouver quelqu’un d’un amour exclusif ». 

2020, année record pour les sex-toys

A l’occasion de la Saint-Valentin, l’Ifop a réalisé une étude sur l’engouement des Français(es) pour les sex-toys en ces périodes de confinements et de couvre-feux successifs mais aussi sur le rôle qu’ils peuvent jouer dans la vie des couples confinés.

Le seul symbolique des 50 % dépassé pour la première fois
Cette enquête a été menée pour Le Passage du Désir.fr au moyen d’un questionnaire auto-administré en ligne du 27 au 30 novembre 2020 auprès d’un échantillon de 2 012 personnes, résidant en France métropolitaine. Les résultats sont affichés sur la base des personnes âgées de 18 à 69 ans (soit deux fois plus que pour une étude habituelle). Ils révèlent que 2020 a été une année historique en termes d’utilisation des sex-toys.

La généralisation des sex-toys dans la vie sexuelle s’est banalisée
En effet, la proportion de la population française ayant déjà utilisé un sex-toy a dépassé pour la première fois le seuil symbolique des 50 % : 51 % des personnes âgées de 18 à 69 ans déclarent en avoir déjà utilisé dans leur vie, soit un niveau en hausse continue par rapport à ceux mesurés les années précédentes : 48 % en 2017, 37 % en 2012, 9 % en 2007 et à peine 7 % en 1992.

2020 a été une année historique en terme d’utilisation des sextoys.
Illustration – Unplash

Alors qu’elle constituait encore une pratique assez marginale jusqu’au milieu des années 2000, l’intégration des sex-toys dans le répertoire sexuel des Français(es) s’est donc banalisé de manière spectaculaire ces dix dernières années aussi bien dans la gent féminine (52 % en 2020, contre 14 % en 2009) que masculine (50 % en 2020, contre 18 % en 2009).

Un usage en couple plutôt que seul
Pour nombre de Français(es), cet usage est loin d’être une expérience lointaine ou un souvenir de jeunesse. Au contraire, trois Français sur dix (30 %) admettent en avoir utilisé au moins un au cours de l’année 2020, soit un niveau de consommation annuelle nettement supérieur à celui mesuré les années précédentes (25 % en 2017).

La part de la population en ayant déjà utilisé à deux (46 %) s’avère ainsi nettement plus forte que celle en ayant utilisé seule (34 %)

Pas forcément les grandes métropoles
Les résultats montrent aussi que les sex-toys ne sont pas le produit privilégié de catégories socioprofessionnelles vivant dans les grandes métropoles mais une expérience aujourd’hui plus répandue dans les campagnes (36 %) que dans de grandes villes comme l’agglomération parisienne (27 %).

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