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Rentrée : « Il faut à tout prix éviter une nouvelle rupture de la scolarité » plaide le Dr Jérôme Marty

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Plusieurs professionnels de santé ont co-signé une tribune dans laquelle ils s’inquiètent des mesures jugées insuffisantes prises à l’école. Le docteur frontonnais Jérôme Marty fait partie des signataires. Il explique à La Dépêche du Midi ses motivations. Entretien.

À deux jours de la rentrée vous publiez dans Le Parisien une tribune qui pourrait affoler, inquiéter les parents. À quel point est-il primordial de renforcer les mesures ?

Notre but n’est pas du tout d’affoler les populations. Au contraire, c’est de dire qu’il faut tout mettre en œuvre pour que la rentrée soit réussie. Si on continue comme ça, en mettant en place des mesures comme celles que préconise le gouvernement et qui sont parcellaires, on risque d’avoir des trous dans la raquette. Les infections vont repartir et des écoles vont fermer, ou bien des élèves vont être placés en quatorzaine. Cela rompra la chaîne de l’éducation et c’est cela qu’on veut empêcher.

On sait que l’école est extrêmement importante pour le développement de certains élèves. Or depuis des mois, on assiste à une vraie rupture scolaire, en particulier chez les plus jeunes. Certains enfants n’ont pas eu cours pendant pratiquement sept mois. Il faut à tout prix éviter une nouvelle rupture de la scolarité dans les semaines suivant la rentrée.

Que préconisez-vous donc ?

Ce qu’on propose comme solution, c’est d’abord d’alterner entre des cours à distance et des cours en présentiel. Vous faites deux groupes de 15 élèves chacun, et tous les deux jours par exemple ils permutent. Ensuite le gouvernement nous dit que les salles seront aérées toutes les trois heures mais cela nous paraît notoirement insuffisant. D’autant plus que nous avons des retours de professeurs qui nous disent qu’ils ne peuvent même pas ouvrir les fenêtres ou bien très peu car elles sont scellées. Il faudrait presque voir si on ne peut pas mettre des ventilations mécaniques contrôlées ou autres systèmes permettant de changer l’air dans certaines classes.

Concernant le port du masque, Jean-Michel Blanquer l’a rendu obligatoire à partir de onze ans, mais vous le réclamez dès six ans…

Oui, et ce qui est fou, c’est qu’il prétend s’appuyer sur les recommandations de l’OMS. Certes, elle le recommande dans les mêmes circonstances que les adultes dès douze ans, mais elle invite bien à le considérer à partir de six ans ! Donc l’OMS ne dit pas qu’il ne faut pas porter le masque à partir de six ans. Il a dû mal lire.

Le ministre de l’Education a aussi évoqué des protocoles en cas d’aggravation qui n’ont pas été publiés pour « ne pas entraîner de confusion ». Est-ce une mesure de bon sens ?

C’est un problème central. Si on a eu de gros problèmes de gestion de l’épidémie en mars-avril, c’est parce qu’on a toujours eu plusieurs jours de retard sur la maladie. Avec le confinement, on a en quelque sorte remis les compteurs à zéro. Et avec tout ce qui a été mis en œuvre depuis (masque dans les entreprises, dans les transports en commun…) on a même pris de l’avance.

Mais le raisonnement du ministre n’est pas le bon. Mettre des procédures en plus au fil du temps, cela va nous faire courir après la maladie à nouveau. Il vaut mieux tout mettre dès le début puis alléger au fur et à mesure, si on le peut. La lutte contre une maladie c’est avant tout de la prévention, or Jean-Michel Blanquer est plutôt dans la réaction. Il ne faut pas avoir peur de mettre les moyens.

La Haute-Garonne est passée en zone rouge, est-ce qu’en tant que médecin généraliste vous assistez à une recrudescence au sein de votre cabinet ?

Oui. Autant en mars avril on a été relativement protégés, là, en trois quatre jours, je dois en être à quinze patients qui ont été en contact direct avec d’autres gens testés Covid +. Cela prouve que ça circule. Et il n’y a pas que des jeunes, mais bien de tout. Cela circule plus qu’à l’époque, il est donc justifié que l’on soit en zone rouge.


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