MONDE

Occitanie : Tatiana, Delphine, Lucas… ces dix affaires de disparitions qui ont marqué la région

Qu’est-il advenu de Lucas Tronche, Tatiana Andujar, Marie-José et Allison Bénitez ou Marie-Claude Quessada ? En Occitanie, certaines affaires de disparition restent incomplètes. Dans certains cas, un coupable a été condamné en l’absence de corps. Dans d’autres, les enquêteurs restent dans l’impasse…

Des personnes portées disparues, il y en a milliers en France. Évaporées sans laisser de traces. Un calvaire pour les familles, qui se tournent alors vers les forces de police et de gendarmerie. Mais disparaître est un droit en France. Et depuis la fin de la Recherche dans l’intérêt des familles (RIF) en 2013, les recours restent limités. Sauf quand la justice décide de s’intéresser à l’affaire. Alors que Delphine Jubillar reste toujours introuvable, deux mois après avoir été vue pour la dernière fois dans son village de Cagnac-les-Mines, dans le Tarn, retour sur dix grandes affaire de disparitions qui ont marqué l’Occitanie. 

Tatiana Andujar

(24 septembre 1995, Perpignan)L’ombre de Tatiana Andujar a longtemps plané sur le procès de Jacques Rançon. Mais lorsque ce dernier a été condamné à la perpétuité en mars 2018, le macabre décompte de ses crimes ne comprenait pas le meurtre de la jeune femme. Même secteur de disparition, même époque, même profil que les deux victimes. Mais Rançon est mis hors de cause. Celui que l’on a appelé le tueur de la gare de Perpignan était en détention au moment de la disparition de Tatiana, 17 ans en 1995. Qu’est-il advenu de la lycéenne? Les enquêteurs n’en savent rien. Le 24 septembre, elle rentre d’un week-end à Toulouse avec des amies. À 19 h 30, son train arrive en gare de Perpignan. Elle offre du feu à des passants qui la voient attendre devant une cabine téléphonique, passer un coup de fil puis monter dans une voiture. C’était il y a 26 ans. Depuis, plus rien.

LIRE AUSSI – Disparation de Tatiana Andujar à Perpignan : toujours aucune trace 24 ans plus tard

Tatiana Andujar.
D.R.

Suzanne Viguier

(27 février 2000, Toulouse)Deux procès, un film et un mystère toujours entier. Suzanne Viguier, 38 ans, disparaît le 27 février 2000 à Toulouse. Rapidement, les soupçons des enquêteurs se portent sur son mari, Jacques Viguier, professeur de droit à l’université de Toulouse. Au terme de neuf ans de procédure, il est acquitté une première fois par la cour d’assises de la Haute-Garonne en avril 2009, puis une seconde fois en appel un an plus tard. L’affaire Viguier est définitivement classée. “Suzy” Viguier, elle, n’a jamais été retrouvée.     

Monique Stegman

(1er octobre 2002, entre Nîmes et Montpellier)L’affaire est beaucoup moins médiatique, certes. Mais elle partage avec toutes les autres l’absence de réponse. Le 1er octobre 2002, Monique Stegman quitte son domicile nîmois au volant de sa Ford Fiesta. Quelques jours plus tard, le sac et les papiers d’identité de la quinquagénaire sont retrouvés à Montpellier. Aucune des pistes explorées par les enquêteurs ne s’avère concluante. En 2007, la police clôturera l’enquête.

Marie-Claude Quessada

(3 juillet 2007, Agde)Comme souvent, la vérité aurait pu venir des avancées de la science. En 2015 et après la découverte d’une trace ADN, un juge d’instruction décide de rouvrir le dossier Marie-Claude Quessada, sept ans après la disparition de l’Agathoise de 61 ans. Sans succès. Son mari avait donné l’alerte en juillet 2007, avant de devenir le principal suspect et d’être placé en garde à vue en compagnie de sa maîtresse. Il indiquera par la suite aux enquêteurs avoir revu sa femme, sur une plage. Elle lui aurait indiqué ne plus vouloir revenir au domicile conjugal…

Lire aussi – Disparition au Cap d’Agde : l’enquête rouverte sept ans après

Marie-Claude Quessada
D.R.

Denis Respaut

(18 mai 2010, Carnon)Un coupable qui s’accuse d’un crime sans cadavre, puis qui se rétracte. En février 2014, la cour d’assises de l’Hérault a condamné Frantisek Skrecek à quinze ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Denis Respaut. L’accusé est un colosse Tchèque de 41 ans, ancien militaire. La victime un huissier de justice de Montpellier de 45 ans, tombé dans l’alcoolisme et la dépression après une maladie invalidante. Compagnons de beuverie, le second aurait tué le premier à sa demande, sur une plage de Carnon, en mai 2010. Le corps de Denis Respaut n’a jamais été retrouvé.

LIRE AUSSI – Assises de l’Hérault : un étrange procès pour un meurtre sans cadavre

Patricia Wilson

(21 août 2012, Vabre-Tizac)Dans cette affaire aussi, la justice a condamné un homme pour meurtre sans jamais retrouver le corps de la victime, Patricia Wilson. La retraitée britannique de 58 ans a été vue pour la dernière fois le 21 août 2012 dans sa maison du village de Vabre-Tizac, près de Villefranche-de-Rouergue en Aveyron. Cette même maison où les enquêteurs retrouveront d’importantes traces de sang, qui mènent à la condamnation de son jardinier, Jean-Louis Cayrou, à 30 ans de prison.

LIRE AUSSI – Assassinat de Patricia Wilson : Cayrou à nouveau condamné à 30 ans de réclusion

Jean-Louis Cayrou, condamné dans l’affaire Wilson
Midi Libre – E.W.

Marie José et Allison Benitez

(14 juillet 2013, Perpignan)En se donnant la mort le 5 août 2013, l’adjudant-chef de la légion étrangère Francisco Benitez a peut-être emporté pour toujours la vérité sur trois affaires de disparitions qui ont marqué la région. Celles de Marie-José et Allison Benitez, et de Simone de Oliveira Alves. Le soldat exemplaire en poste à Nîmes – dont la personnalité torturée va peu à peu émerger au cours des investigations – est le principal suspect dans la disparition de sa femme Marie-José et de la fille Allison, le 14 juillet 2013. Elles auraient quitté le domicile familial de Perpignan pour rejoindre Toulouse après une dispute conjugale, mais n’ont plus donné signe de vie. Évaporées, comme une autre femme directement liée à l’adjudant-chef Benitez. En novembre 2004, c’est sa maîtresse, Simone de Oliveira Alves, qui disparaît, �� Nîmes. Les trois femmes n’ont jamais été retrouvées.

LIRE AUSSI – Perpignan : la fille et l’épouse de Benitez restent introuvables

Lucas Tronche

(18 mars 2015, Bagnols-sur-Cèze)Six ans après sa disparition, le visage de Lucas Tronche est toujours dans toutes les têtes. Et l’enquête toujours dans l’impasse. Qu’a bien pu devenir le jeune garçon de 15 ans ? Le 18 mars 2015 à 17 h, il ne se présente pas à l’arrêt de bus où l’attend son frère, à Bagnols-sur-Cèze. Un quart d’heure plus tard, son téléphone s’éteint. Et depuis, plus rien. Les enquêteurs ont pourtant suivi d’innombrables pistes dont celle de Nordhal Lelandais, multiplié les investigations et les reconstitutions. Mais Lucas Tronche reste introuvable. Dans ce dossier, un seul homme a été condamné. En octobre 2017, Simon Robbes, surnommé Le Corbeau, a écopé de deux ans de prison dont un ferme pour avoir envoyé des courriers anonymes aux parents de Lucas, leur donnant des fausses nouvelles de leur fils.

LIRE AUSSI – Bagnols : les parents de Lucas Tronche toujours dans l’espoir de retrouver leur fils

Lucas Tronche, disparu à Bagnols-sur-Ceze
Midi Libre – M.A.

Arthur et Mathieu, disparus au bout du monde
Mathieu Caizergues (23 juin 2017, La Réunion) Difficile de se faire entendre quand la justice investigue à des milliers de kilomètres de chez vous. Depuis 2017, la famille de Mathieu Caizergues se bat pour faire avancer l’enquête sur la disparition de ce gendarme héraultais de 23 ans, qui n’est jamais rentré d’une randonnée dans la zone du Maïdo, sur l’île de La Réunion. Accident ? Acte crapuleux ? Départ volontaire ? Toutes les hypothèses sont encore sur la table. En 2019, les deux personnes qui accompagnaient Mathieu dans sa randonnée ont été mises en examen pour non assistance à personne en danger.

Arthur Angé (28 janvier 2017, Birmanie)C’est à la frontière entre le Bangladesh et la Birmanie que la trace d’Arthur Angé se perd. Depuis le 28 janvier 2017, ce trentenaire héraultais en train d’effectuer un tour du monde à pied, a disparu. Et sa famille remue ciel et terre pour le retrouver. Sa mère, Mireille Daligault-Angé, se bat notamment pour obtenir des autorités françaises une enquête poussée, dans une zone hostile.

 

Delphine Jubillar

(16 décembre 2020, Cagnac-les-Mines)Le mystère autour de la disparition de Delphine Jubillar reste entier, deux mois après sa disparition. L’infirmière de 33 ans, mère de deux enfants, s’est volatilisée dans la nuit du 15 au 16 décembre dernier sans laisser la moindre trace à Cagnac-les-Mines dans le Tarn. C’est son compagnon qui donnera l’alerte. Sa disparition se serait déroulée entre 23 h et 4 h du matin et son téléphone aurait cessé de borner au petit matin à environ 2 km de sa maison. Depuis, les enquêteurs ont multiplié les recherches, en vain.

LIRE AUSSI – Disparition de Delphine Jubillar : les six pistes encore envisagées par les enquêteurs

Me Etienne Nicolau : en cas de disparition, « tout faire pour que le dossier ne soit pas clôturé »
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Me Etienne Nicolau : en cas de disparition, « tout faire pour que le dossier ne soit pas clôturé »
Me Etienne Nicolau a pris sa retraite en 2018, quelques mois après que le verdict ne soit tombé dans l’affaire des disparues de la gare de Perpignan. Avocat emblématique du barreau de Perpignan, plus de 400 affaires aux assises dans sa carrière, il a accompagné pendant plus de vingt ans la famille de Tatiana Andujar, disparue à Perpignan en 1995.

En tant qu’avocat, comment appréhende-t-on les affaires de disparition ?

Une affaire de disparition, c’est un traumatisme pour tout le monde. Pour les proches qui espèrent un retour puis un coupable, mais aussi pour les enquêteurs qui doivent travailler avec très peu d’éléments. Dans les affaires criminelles, les disparitions sont parfois temporaires, jusqu’à la découverte d’une scène de crime. Parfois elles durent beaucoup plus longtemps…

Quel est le rôle de l’avocat dans ces cas-là ?

Il est multiple. D’abord il faut soutenir nos clients, leur apporter notre aide et notre écoute. Il faut aussi suivre les avancées de l’instruction pour les tenir au courant des pistes envisagées par les enquêteurs. Et surtout, il faut tout faire pour que le dossier ne soit pas clôturé.

C’est l’espoir qui a fait tenir les familles des disparues de la gare de Perpignan. Moi aussi j’ai gardé espoir. Nous avons eu raison.

Comment peut-on garder un dossier ouvert au bout de plusieurs années ?

Aujourd’hui la prescription est de vingt ans après le dernier acte de procédure. Avant, elle était de dix ans. Donc il faut faire en sorte que de nouveaux actes soient ajoutés au dossier. On parle de nouveaux éléments, de pistes à explorer, de fouilles… Mais parfois, le simple fait que le juge d’instruction entende vos clients une nouvelle fois permet de repousser la prescription. Dans le cas de l’affaire Andujar, je sais que les enquêteurs n’ont pas baissé les bras. Ils ont même repris l’enquête à zéro il y a quelques années.

Comment gérer l’espoir des familles, au fil du temps ?

Il faut toujours garder espoir. Ne jamais aller contre. C’est l’espoir qui fait tenir les familles. Au départ, l’espoir de retrouver le disparu, puis l’espoir d’avoir des réponses et, dans le cas de la découverte d’un corps, l’espoir de voir le coupable condamné. C’est l’espoir qui a fait tenir les familles des disparues de la gare de Perpignan. Moi aussi j’ai gardé espoir. Nous avons eu raison. Le coupable a été retrouvé dix-sept ans après le premier meurtre. Bien sûr, dans l’affaire Andujar, la souffrance est encore plus terrible. Ses proches ne savent toujours pas avec certitude si elle est morte ou vivante. Mais vous savez, la plupart du temps, les clients réalisent en même temps que leur avocat que la possibilité d’un retour de leur proche s’éloigne. Ça prend parfois plusieurs années…

À ÉCOUTER  – L’affaire Jacques Rançon, le tueur de la gare qui a traumatisé Perpignan

 

Source

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page