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samedi, octobre 31, 2020
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Nicola Sirkis : « Le succès d’Indochine a un côté incroyable et magique »


Le succès d’Indochine tient à deux choses : des tubes qui ont bravé le temps et des concerts ultra-spectaculaires, à l’imaginaire toujours renouvelé. Premier retour sur 40 ans de succès avec une « Singles collection » qui couvre les années 2001 à 2021 en 28 chansons, plus quelques morceaux juste joués au piano, avec Nicola Sirkis, auteur, compositeur (avec, le plus souvent Olivier Gérard), chanteur et leader du groupe depuis ses origines.

Cette première compilation anniversaire couvre les 20 dernières années. Pourquoi ne pas commencer par le début ?

Parce que nous n’avions sorti aucun best-of sur cette période alors qu’il en existe déjà deux sur les décennies précédentes. 2001 a été l’année de notre renaissance avec « J’ai demandé à la lune ». Le message est plus positif au moment de fêter un si bel anniversaire. On voulait marquer le coup ; on est légitime de le faire ainsi vu le nombre de tubes que compte Indochine.

La compilation s’appelle « Singles collection », à l’anglaise…

J’ai constaté, chez beaucoup d’amis, qu’ils n’ont que deux albums des Beatles, le « Rouge » et le « Bleu », à savoir leurs deux best-of. C’est bizarre de résumer une carrière ainsi mais en même temps important de se situer dans une temporalité.

« J’ai demandé à la lune » est un cas particulier. La chanson vient d’un autre artiste, Michaël Furnon, et semble éloignée de votre univers. Comment l’avez-vous adoptée ?

On commençait à écrire l’album « Paradize » et plusieurs auteurs nous avaient déjà proposé des textes : Jean-Louis Murat, Gérard Manset, etc. Michaël nous a envoyé une cassette avec deux titres. « J’ai demandé à la lune » était en guitare-voix et j’ai tout de suite accroché. Ma compagne était alors enceinte et j’étais particulièrement sensible au texte qui peut s’adapter à bien des situations sur le thème : demander l’impossible, ne pas briser les rêves. Il nous a quand même fallu 7 ou 8 versions pour trouver le bon truc, développer le côté spatial. Et une bonne dose de hasard avec la fille d’un ami qui est passée au studio et chantonné la mélodie… que nous avons gardé dans l’enregistrement. C’est devenu la 2e chanson préférée des Français alors qu’à la sortie, ce n’était qu’une face B !

Vive Woody !

« Je lis en ce moment les Mémoires de Woody Allen, explique Nicola Sirkis. Je sais, ce n’est pas très friendly mais je m’en fous. J’ai toujours aimé ses films et je voulais mieux connaître le bonhomme. A ce titre, le livre est passionnant. Notamment dans ce qu’il dit de la vérité et du mensonge dans une société ultra-médiatisée. »

« Alice et June » (2005) a aussi marqué son temps…

Après l’immense succès de « Paradize » (un million d’albums vendus), on s’est mis au vert, en Normandie, avec mon complice Olivier Gérard, pour préparer le disque suivant. On travaillait beaucoup mais je ne manquais jamais, le mercredi matin, de regarder « Alice au pays des merveilles » avec ma fille, alors âgée de 3-4 ans. Un drame m’a aussi bouleversé : le suicide de deux jeunes filles du Nord de la France qui s’étaient jetées du haut d’une falaise alors qu’elles se connaissaient depuis peu. Sans explications. Je voulais parler de cette violence que subissent les filles ; j’en ai fait un conte néoromantique qu’Olivier a rehaussé grâce à un gimmick à la guitare imparable qui m’a emballé. Toute ma passion du rock anglo-saxon s’exprime dans cette chanson.

« College boy » (2013) est sur un thème assez proche…

Nous étions en pleine Manif pour tous en France. Il y avait une violence homophobe énorme de la part d’une partie des Français. Je n’avais jamais été harcelé moi-même à l’école mais souvent ressenti la méchanceté des autres à l’égard du vilain petit canard que j’étais.

Quel genre d’enfant étiez-vous ?

Toujours un peu extérieur aux autres, jamais dans la majorité. J’étudiais chez les jésuites alors que mes parents étaient en plein divorce. Ça ne passait pas dans une école catholique. A 13-14 ans, mon frère et moi subissions les moqueries des autres élèves car nous venions de Belgique. Cela nous a donné une force pour nous lancer dans la musique. On écoutait du rock 24 h/24 sur des radios anglaises. En France, on entendait surtout de la variété très traditionnelle.

« Black City Parade » (2013) est l’un de vos morceaux les plus sombres. Le reflet d’une époque ?

Cet album a été écrit dans plusieurs villes, de Bordeaux à Londres, et en partie enregistré à New York. Nous avions envie de mélanger les mégalopoles monstrueuses avec ce quelque chose d’humain qu’on peut encore y trouver. Le côté sombre était surtout un parti pris de mise en scène : nous voulions construire une ville à la Metropolis, étrange et futuriste.

Plusieurs de vos chansons manifestent un point de vue politique, particulièrement « Un été français » (2017)…

Je parlerais plutôt d’état des lieux. L’écriture de l’album « 13 » se déroulait en pleine campagne pour l’élection présidentielle. Marine Le Pen et le FN étaient omniprésents dans les médias. J’ai pensé : c’est quoi ce délire ? On donne toujours trop de place aux ennemis de la liberté. Rappelons-nous : Mussolini a été élu au suffrage universel…
Quelle chanson vous semble la plus représentative de ces 20 dernières d’Indochine ?
« Little dolls », en 2009. C’est toujours ce que j’ai voulu faire, musicalement et sur le plan du texte. Je vais droit au but ; la ligne est claire. Mais c’est extrêmement difficile d’atteindre une telle efficacité.

Tous au stade !

Indochine est bien décidé à partir en tournée, en 2021, dans 5 stades, du 29 mai à Bordeaux au 3 juillet à Lille. Test intéressant en cette période de crise sanitaire : la mise en vente des billets se fera dès le 29 septembre. « Nous sommes partis dans l’optique d’une situation qui sera alors normale, explique Nicola Sirkis. Il n’est pas question de ne pas garder espoir d’une amélioration des choses. Mais, pour fêter dignement nos 40 ans, nous refuserons des stades à la jauge réduite. »
 

Quel regard portez-vous sur les 40 ans d’Indochine ?

Je ne sais pas trop. Quand on a commencé, en 1981, beaucoup de gens voulaient briser notre rêve. On nous disait : « Votre nom est nul ». Après « L’aventurier », notre premier tube, on nous a lancé : « C’était un coup de chance ; vous n’en ferez pas d’autres ! » C’était il y a 40 ans et on est toujours là. On n’a pas arrêté de travailler. Chaque succès a été une étape, pas un aboutissement ou une consécration. Il n’en reste pas moins que notre parcours a été totalement irrationnel. Il va à l’encontre de toutes les règles : il a un côté incroyable et magique – et aussi sincère et éthique.

« Singles collection » d’Indochine en CD, vinyles et même cassettes (Indochine Records/Sony Music). Second volet le 27 novembre avec les tubes 1981-2001.



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