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Montpellier : squatteur en série, il loge 50 migrants dans l’ancienne poste quartier de la Pompignane

Samuel Forest en a fait son combat, notamment à travers son association. Rencontre singulière.

Samuel Forest est un serial squatteur. Révolté par le sort de migrants à la rue en l’absence de places en centres hébergement, il leur en crée.

C’est ainsi que, ces trois dernières années, il a occupé et été délogé d’anciens locaux de la SNCF et d’un bâtiment d��saffecté de la fondation Bouisson-Bertrand.

Depuis septembre dernier, il squatte, avec une cinquantaine de personnes originaires d’Afrique, l’ancien bureau de poste de La Pompignane, rue Marie-Durand et propriété de la Métropole.

Qui êtes-vous ?

J’ai 34 ans, suis originaire du Nord de la France. J’ai arrêté l’école à 16 ans et vécu de petits boulots. Grâce à une association de la deuxième chance, je suis devenu grutier. J’habite la région de Montpellier depuis une quinzaine d’années. J’ai créé l’association Solidarité partagée il y a trois ans.

Sensibilisé au sort des migrants, j’ai toujours été altruiste. Quand j’étais jeune, j’ai vécu des difficultés. Je me suis retrouvé dans une telle injustice que j’ai décidé d’arrêter de vivre pour moi. Maintenant, je me bats pour tout le monde, en me fichant de ce qui va se passer demain.

Je mène ma vie comme ça, je ne calcule pas, je vis au jour le jour. Cela fait sept ans que je milite ici. Les réfugiés vivent une injustice terrible, personne ne s’occupe d’eux, moi j’y vais !

J’ai fait de cette lutte ma priorité. Quand on ne trouve pas d’endroit où dormir, en général on ne demande pas d’asile. C’est exactement ce que provoque la préfecture de Montpellier en laissant ces gens à la rue. L’État ne respecte pas ses obligations pour pouvoir se débarrasser d’eux !

Parlez-nous de l’occupation de l’ancien bureau de poste…

Nous ne sommes pas entrés illégalement ! Nous sommes restés une semaine dans le jardin pour être sûrs que le bâtiment était abandonné. Il n’y a pas eu d’entretien ou de passage, preuves de l’abandon. La végétation n’est pas entretenue, ce qui présente des risques d’incendie. Le terrain était sale.

Solidarité partagée ne reçoit aucun financement. Des associations et des particuliers nous aident. Les gens du quartier ont découvert notre présence, petit à petit. Nous ne posons aucun problème. J’avais de bonnes relations avec Monsieur Calvo mais la Métropole nous a attaqués pour occupation illégale (*).

Le juge nous a donné raison. Il sait que j’aide des gens à la rue à se loger et que la maison est abandonnée. Nous pouvons rester jusqu’à mars 2022. Mais la Métropole a fait appel et un nouveau jugement sera rendu le 23 mars prochain.

Qu’est-ce que vous espérez pour la suite ?

Depuis trois ans, je passe en justice tous les six mois. Même si le juge nous autorise à rester, je suis condamné à payer des sommes pour l’électricité, le loyer ou des charges. Ça fait beaucoup sur les épaules de quelqu’un ! Et c’est surtout injuste ! Car ce que je fais, c’est de me préoccuper de ces gens à la place de ceux qui ne veulent pas le faire alors qu’ils y sont obligés, normalement.

J’aimerais que quelqu’un ait la bonne idée de nous fournir une maison pour qu’on ne se retrouve pas dans l’illégalité tous les six mois, qu’on soit expulsés, qu’on ne sache pas où aller avec les difficultés de retrouver une maison qui correspond aux critères de la réquisition, avec la préfecture et la police contre nous. C’est hypercompliqué. À un moment, peut-être que je ne vais plus y arriver.

J’aimerais que mon association obtienne des financements pour louer un local où mener des activités solidaires, créer un lieu de redistribution gratuite où les réfugiés seraient bénévoles au service de tous les Montpelliérains dans le besoin.

Et si la Ville trouvait une solution pour les cinquante personnes réfugiées ici ?

Mon activité pour toutes ces personnes s’arrêterait mais il y en a d’autres à aider. Un élu communiste m’a dit qu’on ne peut pas aider tout le monde car cela créerait un appel d’air pour les sans-papiers de Toulouse ou Marseille.

Et je vais travailler avec ces gens-là ? Avec l’État qui se comporte comme ça ? Non, désolé ! Ils ne se serviront pas de moi ou de mon image. S’ils veulent faire ce travail, c’est très bien. Pleins d’associations travaillent déjà avec eux. S’ils portent de belles valeurs, oui, je travaillerai avec eux. Sinon, c’est niet !

(*) Sollicitée à plusieurs reprises, la Métropole n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

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