MONDE

Méditerranée orientale : on vous explique la montée de tension entre la France, la Turquie et la Grèce

Après avoir été submergée par une vague migratoire en raison de l'ouverture des frontières, après avoir vécu la réhabilitation de l'ancienne basilique Sainte-Sophie en mosquée comme une provocation, la Grèce est engagée dans un nouveau conflit avec la Turquie. Ankara a décidé unilatéralement d'explorer l'île de Kastellórizo, à mi-chemin entre Rhodes et Chypres, à quelques kilomètres des côtes turques. Elle est surtout située dans la zone économique exclusive grecque (ZEE). Une décision pointée du doigt par la France, sur laquelle La Dépêche s'est penchée.

  • Quels sont les faits ?

Lundi 10 août, un navire d'exploration de la marine turque du nom d'"Oruç Reis" a pénétré dans la ZEE grecque, près de l'île de Kastellórizo. L'"Oruç Reis" et les bâtiments de la marine turque l'escortant ont annoncé qu'ils resteraient du 10 août au 23 août dans la zone, avec une approche au large de l'île de Crète. Le ministre grec des Affaires étrangères a condamné "une nouvelle escalade grave", indiquant qu'il n'acceptera "aucun chantage". Athènes a placé ses troupes en état d'alerte. Des unités de la marine et de l'armée de l'air grecques patrouillent dans la zone. Malgré ses tentatives pour faire battre en retraite L'Oruç Reis, il navigue toujours au sud de la Grèce.

  • Quels sont les enjeux ?

Les recherches du bâtiment turc ne sont pas le fruit du hasard, les eaux environnantes sont généreusement pourvues en hydrocarbure, et la Turquie souhaite faire main basse sur ces ressources. "Il s'agit surtout de gaz naturel" atteste Joëlle Dalègre, maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), interrogée par La Dépêche.

En rouge, l'île de Kastellórizo, à quelques kilomètres de la Turquie mais appartenant à la Grèce – Capture d'écran Google Maps

"La question des eaux territoriales a été réglée entre Chypre, Israël, le Liban et l’Égypte. Mais entre Chypre et la Turquie, aucun accord n'est en vue. La Turquie décide que Chypre Nord est un état indépendant, et estime qu’il a le droit à sa part du gâteau" ajoute la maître de conférences et spécialiste des relations gréco-turque.

D'autre part, la Grèce a signé la semaine dernière un accord maritime avec l'Egypte, entraînant la colère d'Ankara. La Turquie a alors annoncé, vendredi 7 août, reprendre ses prospections en Méditérannée orientale. Par ailleurs, les autorités turques contestent les traités de Lausanne (1924) et de Paris (1947), définissant les frontières entre les deux pays. "La Turquie n'est pas dans son bon droit" assure Joëlle Dalègre.

  • Pourquoi la France intervient-elle ?

Emmanuel Macron a annoncé mardi 12 août "renforcer la présence française en Méditérannée, en coopération avec les partenaires européens dont la Grèce" dans un tweet mercredi 12 août. Dénonçant au passage "les décisions unilatérales de la Turquie". Pour Joëlle Dalègre, "Macron a décidé qu'il allait être un grand chef dans la Méditérannée orientale". Par ailleurs, il serait "très fâché des ingérences turques en Libye" selon la spécialiste.

J’ai décidé de renforcer temporairement la présence militaire française en Méditerranée orientale dans les prochains jours, en coopération avec les partenaires européens dont la Grèce.

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) August 12, 2020

Il n'est pas non plus impossible que la France cherche "à avoir quelque chose" à en croire Joëlle Dalègre. "Toutes les grandes compagnies pétrolières se sont disputées pour avoir des droits de forage, dont Total."

  • Vers une escalade ?

Athènes a mis en garde Ankara d'éventuelles représailles mais Joëlle Dalègre est sceptique quant à l'application des menaces. "Du côté d'Erdogan (le président turc), tous les jours, il rajoute un discours un peu plus grandiose et nationaliste que la veille. La Grèce, elle, joue le rôle du gentil 'non on va pouvoir discuter, tout va s'arranger'. On sait que la Turquie est une des plus grandes armées du monde, les Grecs ne peuvent pas déclarer un conflit armé, et ça, Erdogan le sait bien" affirme la maître de conférences.

Via LaDepeche

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page