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Macron révèle l’implication militaire de l’Algérie dans le programme français pour le Sahel

L'Algérie a nié à plusieurs reprises toute implication dans les opérations militaires françaises en cours au Sahel.

L’Armée nationale populaire (ANP) d’Algérie s’est empressée d’écarter la nouvelle du soutien des troupes algériennes aux opérations militaires menées par les Français au Sahel, la qualifiant de propagande visant à offenser les institutions nationales.

Les responsables algériens ont rapidement condamné le Maroc et ses « alliés sionistes » pour avoir fabriqué cette histoire. Pour sa part, le président Abdelmadjid Tebboune a confirmé que son pays n’enverrait pas de troupes dans la région du Sahel de sitôt, mais n’a pas démenti le reportage.

Cependant, le président français Macron a annoncé, lors d’une conférence de presse télévisée, que les troupes algériennes participaient à la campagne française visant à expulser les terroristes du Sahel ; exposant ainsi les mensonges et la désinformation selon lesquels l’ANP nourrit le peuple algérien. Cette hypocrisie est scandaleuse pour une institution qui a prétendu pendant des années rejeter toute implication étrangère dans les affaires africaines.

Dans une tentative désespérée de plaire et d’apaiser les militaires algériens, l’ambassade de France à Alger a publié sur sa page Facebook un démenti affirmant que « Lors de la conférence des chefs d’État des pays du G5 du Sahel, le président Macron n’a jamais affirmé que l’Algérie s’était engagée à intervenir militairement dans le cadre d’une force [sahélienne]. “

Le déménagement de l’ambassade est dégradant et humiliant pour le peuple algérien. Où et quand une mission diplomatique publie-t-elle un message sur Facebook pour nier ou corriger une déclaration présidentielle ? Si le président Macron s’est « mal exprimé », il incombe au palais de l’Élysée ou au ministre des affaires étrangères d’apporter une correction.

En fait, l’exemple de l’ANP pour un « désaveu à tout prix » français met en évidence la sensibilité politique et l’importance historique de la nature intime et pourtant secrète de la coopération militaire en cours entre les deux nations. Paris est prêt à jouer le jeu du déni de l’armée algérienne tant que les intérêts français sont protégés en Afrique du Nord.

L’Algérie a nié à plusieurs reprises toute implication dans les opérations militaires françaises en cours au Sahel. Elle prétend que la présence étrangère à ses frontières est une provocation. Néanmoins, les faits demeurent que la politique étrangère « intéressée » de l’Algérie a ouvert la porte à plusieurs pays pour envoyer des unités armées au Mali, au Niger et en Libye. La présence de ces mercenaires et paramilitaires rémunérés met encore plus en danger la sécurité et la stabilité de la région.

De plus, des rapports dans les médias français et algériens indépendants décrivent un accord entre l’ANP et le ministère français de la défense permettant à l’armée de l’air française d’utiliser l’espace aérien algérien et d’opérer sur le sol algérien près des frontières avec le Mali.

En fait, le site algérien « Algerie Part » a fait état ce mois-ci des activités du groupe « Amarante », une société de sécurité française dirigée par un ancien chef de la Direction générale du renseignement extérieur (DGSE) sur le sol algérien. Le site indépendant algérien, dont les sources se trouvent dans le PAN, rapporte que « le Haut Commandement de l’Armée et la Présidence algérienne ont confié à Amarante le soin d’opérer sur le sol algérien, librement et sous couvert d’assistance sécuritaire ».

Depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, les discours antifrançais et les histoires sur les divergences diplomatiques sont les sujets qui font les gros titres. Cependant, derrière ces distractions médiatiques se cache une tendance plus profonde à l’établissement de relations étroites entre la DGSE et la direction de l’ANP. En fait, les deux entités ont eu un engagement du gouvernement français à maintenir la junte au pouvoir quel qu’en soit le coût pour le peuple algérien.

La DGSE possède des dossiers secrets contenant des informations sur les comptes bancaires, les biens immobiliers et les liaisons secrètes de plusieurs personnalités clés en Algérie. Il n’est pas étonnant que les généraux de l’ANP, les politiciens et les chefs d’État algériens se réfugient ou se fassent soigner en France lorsque les temps sont durs.

Les relations secrètes entre la France et l’ANP remontent au premier coup d’État de l’ère post-coloniale. Cependant, la période la plus controversée de ce mariage de complaisance a eu lieu pendant la sanglante guerre civile algérienne. Entre 1992 et 1997, les services de renseignement français ont soutenu sans condition la répression sanglante menée par les généraux Belkheir et Nezzar et conçue par le chef des services de renseignement, le célèbre Toufik, qui a tué plus de 100 000 civils.

En outre, de nombreux Algériens accusent la France d’avoir forcé l’ANP à déclarer la guerre en 1992 au gouvernement « islamiste » dûment élu du parti FLN dans le cadre de sa doctrine néocolonialiste « Françafrique ». La politique « françafrique » de Paris continue à ravager l’Afrique du Nord, le Sahel et d’autres parties de l’ancienne région « Afrique française ».

A l’époque de Bouteflika-Gaïd Salah, les affaires et l’argent sont devenus le moteur de l’alliance franco-algérienne. Paris, et d’autres capitales européennes, dont Madrid, ont permis le pillage et la spoliation du trésor algérien au profit de leur économie. Cette stratégie simple mais perverse, a pris en otage les hauts fonctionnaires de l’ANP et les a rendus vulnérables au chantage s’ils refusent de se soumettre aux désirs de Paris.

 

Plus récemment, l’ANP a de nouveau fait appel à sa protectrice « Mama Fransa » (Mère France), à la rescousse. Alors que le mouvement de protestation sociale, appelé Hirak en arabe, commence à menacer le gouvernement militairement installé du président Tebboune, l’ANP étend sa coopération avec les militaires français en Afrique. Cette stratégie est un modèle pour assurer le soutien de Paris contre les futures pressions européennes, alors que l’Union européenne fait part de ses préoccupations concernant les violations croissantes des droits de l’homme en Algérie.

Cependant, si l’ANP, le dirigeant de facto, ne s’attaque pas à la mauvaise gestion, à la corruption et au népotisme, le mécontentement social augmentera, rendant ainsi l’Algérie plus faible et plus vulnérable à l’influence et aux diktats français. L’instabilité politique intérieure de l’Algérie a compromis les réponses de sa politique étrangère à la sécurité régionale. Les difficultés de l’Algérie font de la nation nord-africaine un handicap pour les pays du Sahel et du Maghreb.

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