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«Il n’y a pas de coup d’Etat» : les militaires qui ont pris le pouvoir acclamĂ©s par la foule au Mali

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Lors d’un rassemblement de plusieurs milliers de personnes Ă  Bamako, les militaires ayant pris le pouvoir ont Ă©tĂ© accueillis sous les acclamations. Le M5-RFP a refusĂ© d’Ă©voquer un coup d’Etat parlant de «Maliens qui ont pris leurs responsabilitĂ©s»

AcclamĂ©s par la foule, les militaires qui ont pris le pouvoir au Mali ont remerciĂ© «le peuple malien pour son soutien», affirmant se «reconnaĂźtre» dans le combat de l’opposition, lors d’un rassemblement de milliers de personnes Ă  Bamako qui ont cĂ©lĂ©brĂ© la chute du prĂ©sident Ibrahim Boubacar KeĂŻta. 

Il n’y a pas de coup d’Etat, il n’y a pas de junte, nous avons des Maliens qui ont pris leurs responsabilitĂ©s

EntourĂ©s de militaires en armes, le numĂ©ro deux du ComitĂ© national pour le salut du peuple (CNSP) mis en place par les militaires putschistes, Malick Diaw, ou encore leur porte-parole, le colonel-major IsmaĂ«l WaguĂ©, ont Ă©tĂ© accueillis sous les youyous et les acclamations au pied du monument de l’IndĂ©pendance, lĂ  oĂč des milliers de personnes s’Ă©taient rassemblĂ©es Ă  l’appel de l’opposition, ont constatĂ© des journalistes de l’AFP.

Le chef de la junte et nouvel homme fort du Mali, le colonel Assimi GoĂŻta, «a eu un empĂȘchement de derniĂšre minute» et «n’a pu faire le dĂ©placement», a expliquĂ© Ă  la tribune IsmaĂ«l WaguĂ©. «Nous sommes venus […] remercier le peuple malien pour son soutien. Nous n’avons fait que parachever le travail que vous aviez commencé», a-t-il lancĂ© Ă  la foule enthousiaste.

Selon les estimations d’un correspondant de l’AFP, la foule Ă©tait plus nombreuse que lors des manifestations organisĂ©es depuis juin par le Mouvement du 5-Juin (M5-RFP) pour rĂ©clamer le dĂ©part du prĂ©sident KeĂŻta, dit «IBK». AprĂšs leur adresse Ă  la foule, les militaires ont ensuite laissĂ© la place aux dirigeants de cette coalition hĂ©tĂ©roclite qui avait appelĂ© au rassemblement du 21 aoĂ»t. Ceux-ci ont saluĂ© l’intervention des militaires. «Il n’y a pas de coup d’Etat, il n’y a pas de junte, nous avons des Maliens qui ont pris leurs responsabilitĂ©s», explique l’un de ces dirigeants, Mohamed Aly Bathily.

L’influent imam Mahmoud Dicko, figure morale dont le rĂŽle a Ă©tĂ© crucial dans la mobilisation anti-IBK, a pour sa part annoncĂ© Ă  la foule retourner «à la mosquĂ©e», avant de remercier les militaires putschistes et d’appeler Ă  «chasser les dĂ©mons de la division». «Je suis imam et je reste imam», a ajoutĂ© Mahmoud Dicko, laissant nĂ©anmoins entendre qu’il continuerait Ă  exercer une influence sans toutefois s’impliquer directement dans l’action politique.

Une mission dĂ©pĂȘchĂ©e par la CommunautĂ© Ă©conomique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CĂ©dĂ©ao) pour rĂ©clamer le «retour immĂ©diat Ă  l’ordre constitutionnel» est attendue, ce 22 aoĂ»t, Ă  Bamako. Elle sera conduite par l’ancien prĂ©sident nigĂ©rian Goodluck Jonathan, accompagnĂ© du prĂ©sident de la Commission de la CĂ©dĂ©ao, Jean-Claude Kassi Brou, et du ministre des Affaires Ă©trangĂšres du Niger, Kalla Ankourao.

La junte la recevra «avec plaisir», a assurĂ© Ă  l’AFP un responsable du nouveau pouvoir, alors que des manifestants brandissaient la veille des pancartes hostiles Ă  l’organisation ouest-africaine qui a rĂ©clamĂ©, le 20 aoĂ»t, le «rĂ©tablissement» du prĂ©sident KeĂŻta, au pouvoir depuis 2013.

Dans la foule, le 21 août, les slogans et les pancartes anti-France étaient nombreux. Quelques pancartes appelaient par ailleurs à une coopération avec la Russie, comme on peut le voir sur les images de la manifestation.

L’ONU a souligné avoir pu rendre visite le 20 aoĂ»t au soir aux personnalitĂ©s arrĂȘtĂ©es lors du coup d’Etat du 18 aoĂ»t, dont le prĂ©sident renversĂ© et son Premier ministre Boubou CissĂ©. Ces derniers sont dĂ©tenus au camp militaire de Kati, ville de garnison proche de Bamako, devenu le centre du nouveau pouvoir.

La junte entend mettre en place «un conseil de transition», avec un prĂ©sident qui sera «un militaire ou un civil». Elle a annoncĂ© la rĂ©ouverture, dĂšs le 21 aoĂ»t, des frontiĂšres terrestres et aĂ©riennes, mĂȘme si les voisins du Mali ont fermĂ© leurs propres frontiĂšres avec lui, sauf pour les denrĂ©es de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, les mĂ©dicaments et l’Ă©nergie.

Par ailleurs, le chef de l’opposition malienne SoumaĂŻla CissĂ©, enlevĂ© par de prĂ©sumĂ©s djihadistes le 25 mars, en pleine campagne lĂ©gislative, a transmis des lettres Ă  sa famille, sans contact avec lui depuis des mois, a annoncĂ© vendredi le ComitĂ© international de la Croix-Rouge (CICR). Il s’agit d’une des premiĂšres preuves de vie de l’ex-candidat aux prĂ©sidentielles de 2013 et 2018, dont l’enlĂšvement avait en partie attisĂ© la colĂšre des anti-IBK.

Washington suspend son soutien militaire mais ne parle pas de coup d’Etat

Les Etats-Unis ont pour leur part suspendu tout soutien militaire au Mali aprĂšs le coup d’Etat. «Il n’y a plus ni formation, ni soutien aux forces armĂ©es du Mali. Nous avons tout arrĂȘtĂ© jusqu’Ă  ce que nous puissions clarifier la situation», a expliquĂ© le 21 aoĂ»t Ă  des journalistes l’Ă©missaire amĂ©ricain pour le Sahel, Peter Pham.

«On ne sait pas clairement quelles sont les forces impliquĂ©es dans la mutinerie, qui est spĂ©cifiquement impliquĂ©, ni vers oĂč vont les loyautĂ©s», a expliquĂ© le diplomate. Le gouvernement amĂ©ricain «est en contact» avec le CNSP, le groupe d’officiers ayant pris le pouvoir, a-t-il prĂ©cisĂ©. «Ces contacts sont opĂ©rationnels, ils ne signifient pas une reconnaissance [de la junte], mais l’admission que ces gens ont Ă  un certain degrĂ© le contrĂŽle sur certaines choses», a-t-il encore ajoutĂ©.

Cette mutinerie «ne va certainement pas aider» les forces multinationales qui luttent contre les groupes djihadistes au Sahel, a anticipĂ© Peter Pham, tout en soulignant que les Etats-Unis allaient poursuivre leur soutien et leur partenariat avec les diffĂ©rentes opĂ©rations. Washington fournit notamment des capacitĂ©s de renseignement et de surveillance, ainsi que du transport logistique Ă  la France, qui mĂšne depuis 2014 l’opĂ©ration Barkhane. 

La Minusma (Mission multidimensionnelle intĂ©grĂ©e des Nations unies pour la stabilisation au Mali), engagĂ©e depuis 2013, est l’une des missions les plus importantes de l’ONU. La Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad ont lancĂ© en 2017 la force G5 Sahel.

«Nous allons travailler avec nos partenaires dans la rĂ©gion, le G5 Sahel, la CĂ©dĂ©ao, l’Union africaine, pour minimiser tout impact nĂ©gatif [sur la lutte anti-djihadiste] mais clairement, quand une mutinerie implique une armĂ©e qui participe Ă  cet effort, cela ne peut qu’avoir un impact», a dĂ©veloppĂ© le responsable amĂ©ricain, qui Ă©vite d’utiliser le terme de «coup d’Etat».

Il a rĂ©pĂ©tĂ© la demande amĂ©ricaine de «retour Ă  l’ordre constitutionnel» et la libĂ©ration des personnes arrĂȘtĂ©es, notamment le prĂ©sident KeĂŻta, «qui n’est plus tout jeune et dont la santĂ© est fragile».

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Source

Riad Malki

Journaliste au Media 7 depuis 2019, je suis chargé des questions de l'économie et politique depuis Janvier 2019.

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