MONDE

Halles fermières à Pamiers : déçus mais pas abattus

La pluie était annoncée pour la fin de journée, il n’en est rien. Pourtant, la Place de la République à Pamiers, accueillant les Halles fermières, peine à se remplir. Quelques passants jettent des regards timides sur les stands de fromages bio et de charcuteries locales.

C’était pourtant bien parti. Dès les premières semaines de confinement, des foyers, lassés des produits industriels, s’étaient lancés dans la course au "manger local". Le "monde d’après" se voudrait meilleur, enclin à de nouvelles priorités, nutritionnelles notamment. Depuis, l’espoir d’hier est devenu la déception d’aujourd’hui. Les chiffres encourageants des débuts et la hausse des ventes de produits locaux ont laissé place au goût amer de l’annulation de certaines commandes.

"Les gens ont retrouvé le chemin des grandes surfaces"

Gwendoline De Smet n’a pas participé aux Halles durant le confinement, elle a privilégié la vente à la ferme de colis de viandes et l’expédition de son pain à l’épeautre un peu partout dans l’hexagone. "Il y a eu énormément de demandes concernant les colis de viande, nos ventes ont progressé d’environ 25 %, débute la productrice. Le problème, c’est qu’après le déconfinement, les gens ont rapidement retrouvé le chemin des grandes surfaces. Nos ventes ont diminué de 40 %. C’est en dessous de ce que l’on faisait habituellement."

Au stand d’a coté, Nicolas Mozin, producteur de fromages bio, fait le même constat : "Nous n’avons pas réussi à fidéliser les nouveaux clients". Des nouveaux clients, il y en a eu, en nombre. "Nous avons créé un site internet qui a énormément fonctionné, explique Nicolas. Nous livrions, nous accueillions les clients à la ferme." Là aussi, le retour aux habitudes de consommation s’est fait sentir. "Sur le site internet, nous avons observé depuis le déconfinement 80 % de diminution des commandes. Pire encore, 90 % de diminution en ce qui concerne la vente directe à la ferme." Pour le producteur, les clients ont choisi la facilité et préfèrent se rendre en grandes surfaces. "Avant, ils avaient le temps de choisir, de réfléchir, maintenant ils n’ont plus ce temps", argumente-t-il.

Pour Thierry Vergé, producteur à Saint-Félix-de-Rieutord, les Halles n’ont pas réussi à fidéliser une clientèle, même si les débuts étaient prometteurs : "Au début ça a fonctionné, et ça nous a permis de nous faire connaître. Le problème, c’est qu’il y a de moins en moins de monde. Il y a eu énormément de commandes au début du confinement, les gens ont sans doute fait des stocks, mais désormais, 80 % des nouveaux clients ne commandent plus. Nous savions très bien que très peu resteraient".

Pourtant, tout n’est pas perdu…

"Après le confinement, les gens nous ont oubliés", explique Mylène Gélade, productrice de viande, qui, durant la crise, a mis en place un système de récupération de colis sur commandes. "Ça a super bien marché", se rappelle-t-elle. Les avis sont mitigés, toutefois, selon Célia Rumeau, chargée de communication à la chambre d’agriculture du département, le constat reste à nuancer. "Les gens sont habitués aux grandes surfaces, il faut que de nouvelles habitudes de consommation se bâtissent, cela ne se fait pas en quinze jours", affirme celle qui consomme elle-même sur les Halles et n’a pas remarqué – contrairement à certains consommateurs – d’abus sur les tarifs pratiqués. "À qualités égales, les prix sont quasi identiques", précise Célia Rumeau.

Preuve que l’espoir n’est pas perdu, une nouvelle forme des Halles s’apprête à voir le jour. "Les gens peuvent pré commander la marchandise en ligne", assure la chargée de communication. Le 10 juillet, la première édition de cette nouvelle formule démarrera à Mirepoix.

Lire aussi page 23Source

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page