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Gard : avec Andréa Guiot s’est éteinte une voix majeure de l’opéra

La soprano est décédée à Nîmes à l’âge de 93 ans. L’art lyrique est en deuil.

Sur le plateau de Garons, au domaine de Rapatel et dans la cabane de gardian qu’elle avait voulu faire construire, sa voix, son rire et son franc-parler ne résonneront plus. Andréa Guiot s’est éteinte à Nîmes ce lundi, la pandémie ayant eu finalement raison de son énergie et de sa combativité. Pour tous les amateurs lyriques, une perte et une douleur.

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Ayant, encore enfant et accompagnée d’un père fan d’opéra et de spectacles d’arène, assisté à une représentation de « Faust », c’est au milieu des années 50 qu’elle fit ses débuts professionnels. Et entama une carrière au parcours exemplaire, bâtie sur la qualité précieuse d’un matériau vocal, la sensibilité, l’intelligence et une musicalité supérieure.

Sur la totalité des scènes lyriques françaises majeures et dans le cadre d’engagements importants à l’étranger, Andréa Guiot a porté à leur plus haut niveau les caractéristiques de l’école de chant nationale, avec un souci particulier pour la limpidité de l’émission et l’articulation des textes.

De Paris au Vatican, de Chicago à Buenos Aires

Si Gounod et Bizet ont été parmi ses compositeurs de prédilection, dans des partitions moins habituelles elle a su faire admirer son timbre et son aisance dans les emplois de soprano lyrique. Dans « Orphée » de Gluck, « Les dialogues des Carmélites » de Poulenc (au Carnegie Hall de New York), « Benvenuto Cellini » de Berlioz ou » Falstaff » de Verdi sur la scène du Palais Garnier, elle exprima toute la délicatesse de son art. De Paris (une « Carmen » mémorable devant le général de Gaulle), au Vatican, de Chicago à Buenos Aires, des démonstrations de style et de maîtrise.

Aux arènes de Nîmes, c’est dans Micaëla de « Carmen », rôle qu’elle enregistra notamment en 1964 aux côtés de Maria Callas, qu’elle triompha dès cette même année et à plusieurs reprises jusqu’en 1977, à l’occasion de productions inscrites au programme des ferias. Bouleversante Liu dans « Turandot » de Puccini, Andréa Guiot restera à jamais liée à cette « Mireille » de Gounod dont elle a traduit toute la touchante sensibilité et la vaillance dans cet « air de la Crau » qui, en salle ou en plein air, rendait magistralement justice à ses moyens vocaux.

L’enseignement et la peinture, ses autres passions

Ayant décidé de se retirer au milieu des années 70, c’est à ses autres passions, l’enseignement et la peinture, qu’elle se consacra désormais. Jusqu’à ce que le Covid-19 l’emporte, quelques heures seulement avant le décès de sa chère sœur Marie-Jeanne, victime également du virus. Dramatique fin de chapitre pour ces personnalités profondément attachées à la terre de Camargue.

Andréa Guiot (à gauche) et Nathalie Manfrino à Orange.
MIDI LIBRE

À jamais la « Mireille nationale »
Au début du mois d’août 2010, les Chorégies d’Orange avaient inscrit à leur programme annuel des représentations de la « Mireille » de Charles Gounod, spectacle mis en scène par Robert Fortune et dirigé par le chef Alain Altinoglu. Ce rôle-là, Andréa Guiot l’avait fait sien depuis très longtemps.

Baptisée par le public et les professionnels de l’art lyrique « Mireille nationale », la soprano gardoise avait toujours avoué : « Ce rôle, je ne l’ai pas appris, je l’ai chanté. Quand j’ai ouvert la partition, je la connaissais déjà. Le jour où j’ai rencontré la petite-fille de Gounod, elle m’a dit que si son grand-père m’avait connu il aurait composé son ouvrage en pensant à moi. Ce message m’a profondément ému. »

Au cours des répétitions de la production affichée au théâtre antique, Andréa Guiot a souhaité rencontrer Nathalie Manfrino, soprano choisie par la direction des Chorégies pour incarner l’héroïne de l’opéra. Pendant les pauses, les deux cantatrices avaient ainsi eu l’occasion d’échanger leurs sentiments sur l’aspect social, religieux ou dramatique de l’œuvre. Et sur le plan vocal aussi, évidemment.

« Ma petite, tu as tout à fait la voix de Mireille. Ne sois pas inquiète, tu vas être parfaitement à la hauteur » , s’attachait à dire Andréa Guiot, voulant rassurer et apaiser les craintes de la jeune soprano s’attaquant à un rôle aussi redoutable du répertoire français. Un émouvant passage de témoin et des phrases qui ont participé à mener au succès Nathalie Manfrino pour les soirées programmées.

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