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Europe: la circulation dans l’espace Schengen est relancée

Les frontières rouvrent lundi dans de nombreux pays de l’espace Schengen, dont la France et l’Allemagne. La liberté de circulation se rétablit progressivement. Mais certains Etats restent fermés et d’autres imposent des restrictions selon le pays de provenance.

Quatre-vingt-onze jours après sa fermeture et comme le symbole d’une Europe tentant de reprendre le fil de son histoire , la frontière entre la France et l’Allemagne devait rouvrir dès minuit, dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 juin. Avec eux, et dans un mouvement un peu mieux coordonné que ne l’avaient été les fermetures précipitées mi mars lors de l’explosion de la pandémie du Covid-19, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg ou encore la Suisse et la Grèce ont aussi annoncé lever ce 15 juin les contrôles aux frontières intérieures de l’Europe.

Composante essentielle du projet européen, la libre circulation au sein de l’espace Schengen reprend ainsi progressivement ses droits : comment, de fait, prôner l’union quand chacun ferme sa porte à l’autre ? Les scènes de liesse à la frontière entre la Pologne et l’Allemagne, réouverte dès samedi, ont témoigné de l’impatience de nombreux citoyens du vieux continent. Plus de 14 millions d’Européens vivent aujourd’hui dans un Etat membre autre que le leur et ont été ces derniers mois coupés des leurs.

Logique de blocs

Certains Etats de l’Union européenne (UE) avaient précédé le mouvement. Pour attirer les touristes, cruciaux pour son économie, l’Italie a rouvert ses portes aux Européens dès le 3 juin . L’Autriche et la République Tchèque, peu touchées par l’épidémie, se sont lancées, par étapes, depuis une dizaine de jours, tout comme l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie, qui étaient par ailleurs restées ouvertes entre elles. La Croatie a levé ses contrôles depuis jeudi.

Ces différents exemples témoignent que la réouverture des frontières intérieures suit avant tout une logique sanitaire avec, plutôt qu’une unité globale d’action, des pays s’ouvrant par blocs géographiques selon l’évolution de la pandémie.

Le marché unique à la relance

Ce 15 juin n’en marque pas moins un tournant, avec une large majorité des pays de l’Espace Schengen (22 membres de l’UE, ainsi que la Suisse, la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein) qui auront désormais levé tout ou partie de leurs contrôles. C’est un message politique important et une étape devant aussi permettre au marché unique de retrouver plus de fluidité en ces temps de relance massive.

Ombres au tableau, le Portugal ne prévoit pas de réouvrir avant le 1er juillet. La Roumanie n’avance, elle, même pas de date et le Danemark ne se rouvre qu’à l’Allemagne et à ses voisins nordiques (sauf la Suède). Cela rappelle que les réouvertures de frontières, chasse gardée des Etats, sont aussi fonction de complexes considérations politiques et économiques s’ajoutant aux enjeux sanitaires.

Ouvertures sélectives

Surtout, beaucoup de réouvertures, toujours au nom des impératifs sanitaires, restent sélectives. L’essentiel des Etats baltes et d’Europe centrale, mais aussi la Grèce, maintiennent des restrictions (interdiction, quarantaine obligatoire ou a minima un test récent) pour les voyageurs en provenance de zones dont ils jugent les taux d’infection trop élevés. Les listes varient selon les Etats mais le Royaume-Uni et la Suède y figurent systématiquement. Les Belges, payant leur record continental de morts par habitant, restent aussi non-désirés dans de nombreux Etats européens.

La France joue la réciprocité

La France joue l’ouverture maximale, avec une nuance importante : elle appliquera « la réciprocité » aux pays imposant des restrictions à ses ressortissants , comme l’Espagne et le Royaume-Uni. A différents égards, la carte de l’Europe restera ainsi quelque temps une complexe mosaïque de vert, d’orange et de rouge selon le pays de destination et de provenance. L’objectif est naturellement que la poursuite de la décrue de la pandémie permette au plus vite un rétablissement complet de la liberté de circuler. La Commission européenne presse les Etats membres d’y parvenir d’ici au 1er juillet, date à laquelle l’Europe prévoit de s’attaquer à un autre casse-tête : la réouverture progressive de ses frontières extérieures.

Source : Les Echos
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