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Environnement : « L’espĂšce humaine scie la branche sur laquelle elle est assise ! »

Votre livre alerte de maniĂšre forte sur le changement climatique et s’intitule "Trop Tard pour ĂȘtre pessimistes !". Il y a pourtant des raisons de l’ĂȘtre, non ?

Il n’est plus temps d’ĂȘtre pessimiste ! Il suffit d’ĂȘtre lucide pour apprĂ©hender la gravitĂ© de la situation qui est face Ă  nous : en dĂ©pit de toutes les expertises scientifiques qui s’accumulent depuis le sommet de la terre de Rio, en 1992, rien ou presque rien n’est entrepris pour prĂ©server la planĂšte d’une bascule dont les consĂ©quences Ă©conomiques et sociales seront absolument dramatiques. Nous vivons dĂ©jĂ  dans la catastrophe climatique, qui grandit autour de nous, et l’effondrement de la biodiversitĂ©, qui est une rĂ©alitĂ©. Deux mouvements qui trouvent leur origine dans le systĂšme Ă©conomique capitaliste dans lequel nous vivons : c’est pourquoi il faut se battre pour un changement radical, ĂȘtre dans l’action plutĂŽt que dans le pessimisme.

Des solutions sont proposées, mais vous ne croyez ni aux modÚles alternatifs ni au Green New Deal de la gauche américaine
 Pourquoi ?

Le Green New Deal a deux mĂ©rites majeurs : il s’agit d’un plan d’ampleur et il ambitionne de sortir Ă  la fois de la crise Ă©cologique et de la crise sociale. Mais ça ne correspond pas aux exigences qui nous font face. On sait que 1,5 °C de rĂ©chauffement par rapport Ă  la pĂ©riode prĂ©industrielle nous expose dĂ©jĂ  Ă  une situation extrĂȘmement dangereuse pour plus d’un milliard de personnes sur terre. Pour Ă©viter d’aller au-delĂ , il faudrait rĂ©duire les Ă©missions mondiales nettes de Co2 de 50 % d’ici 2030, c’est-Ă -dire d’ici demain, et de 100 % d’ici 2050 ! Quand on sait que 80 % de ces Ă©missions sont dues Ă  la combustion de produits fossiles et que ces combustibles couvrent 80 % des besoins Ă©nergĂ©tiques de la planĂšte, la conclusion coule de source : nous devons rĂ©duire de maniĂšre radicale notre consommation d’énergie. Et nous ne pouvons y parvenir qu’en limitant drastiquement la production matĂ©rielle, les transports et la consommation de biens.

Votre triptyque se rĂ©sume ainsi : "produire moins", "transporter moins", et "partager plus". Comment opĂ©rer un changement d’une telle ampleur ?

C’est un changement de civilisation ! Un mouvement qui suppose une reconquĂȘte du pouvoir afin d’amorcer une politique radicalement diffĂ©rente. Il s’agit de rĂ©volutionner des comportements trĂšs profondĂ©ment ancrĂ©s dans nos sociĂ©tĂ©s. Pour nous en sortir, il n’y a pas d’autre solution que d’éliminer les productions inutiles ou nuisibles Ă  l’environnement. Et elles existent


À quoi pensez-vous ?

Prenons l’exemple de l’industrie de l’armement : il n’est pas insensĂ© de le considĂ©rer comme le secteur nuisible par excellence, dont l’HumanitĂ© aurait intĂ©rĂȘt Ă  se dĂ©barrasser en prioritĂ©. Songez que le Pentagone est l’institution publique la plus polluante de la planĂšte
 Il faut aussi envisager une remise en cause du secteur automobile, encadrer le transport aĂ©rien, mettre fin Ă  des aberrations comme ces fleurs importĂ©es par avion du Kenya


Comment et par quel intermĂ©diaire l’écosocialisme que vous dĂ©fendez peut-il se diffuser jusqu’à devenir le nouveau modĂšle ?

Il y a avant tout un message de bon sens Ă  diffuser : l’espĂšce humaine, Ă  cause de notre modĂšle capitaliste, est en train de scier la branche sur laquelle elle est assise. Et nous le faisons de surcroĂźt au nom d’un systĂšme qui rend les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres, alors que notre richesse fondamentale rĂ©side non pas dans l’accumulation de biens mais dans la qualitĂ© de nos relations humaines et sociales. Une fois que nous avons ce qui est nĂ©cessaire Ă  la satisfaction de nos besoins fondamentaux – se vĂȘtir, se loger, se soigner, se nourrir, voyager raisonnablement – nous pouvons accĂ©der Ă  un bonheur qui se trouve ailleurs que dans le consumĂ©risme.

Vous partagez le constat des collapsologues mais pas leurs conclusions. Qu’est-ce qui vous permet d’espĂ©rer ?

Je partage en effet leur analyse : nous sommes dans un vĂ©hicule qui accĂ©lĂšre et qui va droit dans le mur. Mais je suis en dĂ©saccord sur la stratĂ©gie dominante chez les collapsologues, qui consiste Ă  dire qu’il n’y a rien Ă  faire Ă  part attendre l’effondrement. Je ne crois pas non plus Ă  la disparition annoncĂ©e du capitalisme : tant qu’il y aura des ressources naturelles Ă  exploiter et de la force de travail humaine disponible, le capitalisme se maintiendra. L’enjeu, selon moi, est d’organiser le combat collectif contre ce systĂšme qui nous mĂšne Ă  notre propre effondrement. Mais cela, ça se fait au travers d’une lutte commune, globale et collective, pour parvenir Ă  un changement de sociĂ©tĂ©, et pas en attendant la catastrophe.

À lire : "Trop tard pour ĂȘtre pessimistes !", Ă©ditions Textuel, 324 pages, 19,90 €.

Daniel

Tanuro

Agronome

Via LaDepeche

Riad Malki

Journaliste au Media 7 depuis 2019, je suis chargé des questions de l'économie et politique depuis Janvier 2019.

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