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« Chère petite fiancée » : elle révèle la correspondance amoureuse de ses grands-parents pendant la Seconde Guerre

« Je me suis plongée dedans, et j'ai vite compris qu'il s'agissait de lettres écrites par mon grand-père, Pierre Castan, à ma grand-mère, Pierrette Maurette, durant la Seconde Guerre mondiale », explique-t-elle. En dévorant tous ces courriers, Jocelyne découvre ainsi l'intensité des sentiments qui unissaient alors ses grands-parents. Fiancés peu avant la mobilisation de Pierre pour le STO en 1943, ces jeunes gens âgés de 22 et 19 ans ont nourri leur passion à distance, entre le quartier Montaudran, à Toulouse, et les camps de travail allemands, jusqu'en 1945, pendant que l'Histoire vivait ses heures les plus sombres.

« Gardons confiance »

Les mots d'amour y sont légion, comme pour adoucir la violence du contexte. « Chère petite fiancée », commence-t-il souvent. « Je vous aime à la folie ». « Je vous écris dans un train sans lumière, qui nous éloigne irrémédiablement. Que de volonté il faut pour ne pas se laisser abattre ! » Au fil des mois, le ton évolue, les amoureux se rapprochent, s'embrasent. « C'est du bonheur que je te souhaite, et cela est mon plus grand désir (…) Ô ma bien-aimée, sans cesse, cela est le but de mes prières toujours aussi ferventes. » La foi est elle aussi très présente :« Espérons, espérons ensemble et gardons confiance. »

Pour Jocelyne, cette collection de lettres est l' « histoire d'une vie ». Tout au long de son existence, le couple Pierre-Pierrette est resté fort et passionnel. Jusqu'à ce que la tuberculose l'emporte, lui, en 1986. Depuis, Pierrette n'a eu de cesse de le rejoindre. Elle n'a jamais refait sa vie, est partie récemment en maison de retraite et ignore tout de la découverte de ces lettres. « On préfère éviter de remuer le passé, pour l'instant », précise sa petite-fille.

Cette correspondance amoureuse est aussi l'occasion d'apprendre ce qu'a véritablement vécu Pierre Castan, cet ingénieur des Ponts et Chaussées mobilisé en Allemagne sur les chantiers de chemins de fer, puis affecté à la reconstruction des maisons à Berlin pendant les bombardements. « Le sujet a toujours été assez tabou dans la famille. Il n’en a parlé qu'une fois, en disant que ce serait la dernière, relate Jocelyne. L'image du STO n'était pas très reluisante. Quand j'étais petite, je ne comprenais pas pourquoi il avait travaillé pour les Allemands. J'ignorais qu'il avait été forcé. Lire tout ça, ça déculpabilise. »

Ces lettres d'amour sont aussi le témoignage de Pierre Castan, mobilisé par la STO en Allemagne. – DDM – Manon Haussy

La peur de la censure

Lorsque Pierre évoque la situation dans ses lettres, c'est toujours à demi-mot. La censure n'épargne pas les amoureux, et il tient à passer entre les mailles des filets. Ses lettres sont souvent marquées d'un trait de peinture bleue, preuve qu'elles ont été « validées ». Le 8 juin 1944, il fait référence à sa façon au Débarquement : « L’événement qui défrayait toutes les chroniques s'est produit, et qu'on le veuille ou non, il préoccupe un peu tous les esprits (…) Cette carte vous parviendra-t-elle ?»

Dans les moments de stress, l’écriture se fait plus étroite, plus tendue, se couche en travers dans les marges. Plus tard, il s'interroge sur l'issue du conflit : « Je ne crois pas à la possibilité d'un compromis. Je crois qu'il nous faudra passer encore un hiver séparés. » Pierre s'évade de son camp, avec ses camarades, en avril 1944. Il se réfugie un temps à l'abbaye Sainte-Marie du Désert, en Haute-Garonne. En septembre 1945, les retrouvailles entre les deux amoureux sont imminentes. Et les échanges se font plus pragmatiques. « J'ai eu 50 kilos de patates à 7 francs, très jolies, je suis bien content. Nous aurons quelque chose à manger ! Je les garde au bureau, jusqu'à ce que j'ai trouvé notre nid. »

Forte de ce trésor, Jocelyne ne sait pas encore comment le partager. Le confier à un musée ? Le partager sur un blog ? Peu importe la forme, ce qui compte pour elle, c'est de sensibiliser aux dangers de l'extrémisme. « Vu le contexte social actuel, le travail de mémoire est important. Il ne faut jamais oublier ce qu'il s'est passé. » Avec leurs missives ardentes, Pierre et Pierrette pourront désormais y contribuer.

Via LaDepeche

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