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Charlie Hebdo et Hyper Cacher : tout ce qu’il faut savoir sur le procès historique qui débute mercredi

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Plus de cinq ans après les meurtres qui ont marqué le début de la vague terroriste qui a fait 258 morts en France, un procès sans précédent s’ouvre mercredi à Paris pour juger 14 prévenus, tous accusés d’être liés aux auteurs de ces tueries.

La guerre portée sur le sol français, contre la satire, les juifs, l’Etat : plus de cinq ans après les premiers attentats jihadistes d’une vague sans précédent, le procès des attaques contre Charlie Hebdo, une policière à Montrouge et l’Hyper Cacher s’ouvre mercredi 2 septembre à Paris, sous haute surveillance. La Dépêche détaille les repères à connaître sur ce procès hors-norme.

Ce procès emblématique, le premier pour un attentat jihadiste commis en France depuis celui qui s’était tenu en 2017 pour les tueries perpétrées par Mohamed Merah cinq années plus tôt, était initialement prévu avant l’été, mais il a été reporté en raison de la crise sanitaire.

C’est également le premier procès pour terrorisme à être filmé, en vertu de son « intérêt pour la constitution d’archives historiques de la justice ». A cet effet, une régie technique a été installée dans la salle d’audience.

49 journées d’audience sont prévues du 2 septembre au 10 novembre devant la cour d’assises spéciale composée de cinq magistrats professionnels et présidée par Régis de Jorna. Deux avocats généraux représenteront l’accusation, Jean-Michel Bourlès et Julie Holveck. Autres chiffres hors-normes, le dossier d’instruction compte 171 tomes de procédure, 94 avocats figurent au dossier, alors que 90 médias sont accrédités, dont 27 médias étrangers.

En raison de la persistance de l’épidémie de Covid-19, les capacités des salles d’audience et de retransmission du tribunal judiciaire, dans le nord-ouest de Paris, sont réduites de moitié. Par ailleurs, des mesures exceptionnelles de sûreté sont mises en place, notamment des contrôles par détecteur de métaux.

  • Des crimes qui ont meurtri tout un pays

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi, qui gravitaient depuis plusieurs années dans la sphère jihadiste, ont attaqué la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris, assassinant 12 personnes dont les dessinateurs historiques Cabu et Wolinski, avant de prendre la fuite.

Le lendemain, Amédy Coulibaly, délinquant radicalisé en prison, tuait une policière municipale à Montrouge, près de Paris, puis, le 9 janvier, exécutait quatre hommes, tous juifs, lors de la prise d’otages du magasin Hyper Cacher, dans l’Est parisien.

Il est mort sur place dans un assaut policier, les frères Kouachi ayant, eux, été abattus peu avant dans une imprimerie où ils s’étaient retranchés, à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne).

  • Quatorze accusés et des absents

Quatorze accusés, soupçonnés à des degrés divers de soutien logistique aux frères Saïd et Chérif Kouachi et à Amédy Coulibaly. Trois accusés manquent à l’appel : Hayat Boumedienne, compagne de Coulibaly, et les frères Belhoucine, partis quelques jours avant les attaques pour la zone irako-syrienne. Leur mort, évoquée par diverses sources, n’a jamais été officiellement confirmée, et ils restent visés par des mandats d’arrêt.

Les juges antiterroristes ont retenu les charges les plus lourdes, la « complicité » de crimes terroristes, passible de la réclusion criminelle à perpétuité, contre l’aîné des frères Belhoucine, Mohamed, et contre Ali Riza Polat, qui sera lui dans le box des accusés. Ce proche d’Amédy Coulibaly est soupçonné d’avoir eu un rôle central dans les préparatifs des attentats, en particulier la fourniture de l’arsenal utilisé par le trio terroriste, ce dont il se défend.

Dans un courrier adressé au président de la cour d’assises, Me Isabelle Coutant-Peyre, avocate d’Ali Riza Polat et conseil historique du terroriste Carlos, dénonce une « inégalité des armes », l’accusation ayant « fait citer à charge 101 témoins » et la défense se voyant « limitée légalement au droit de faire citer cinq témoins ».

Les autres accusés sont essentiellement jugés pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » et encourent vingt ans de réclusion. Un seul comparaît libre sous contrôle judiciaire pour « association de malfaiteurs » simple, un délit puni de dix ans de prison.

L’attaque jihadiste visant Charlie Hebdo avait été revendiquée du Yémen par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), dont un cadre proche des frères Kouachi, Peter Cherif, a été arrêté en décembre 2018 à Djibouti et remis à la France. Il a été mis en examen dans ce volet, mais sa possible implication ne sera pas examinée lors du procès. Coulibaly s’était lui réclamé du groupe terroriste Etat islamique (EI).

  • De nombreuses parties civiles

Environ 200 personnes se sont constituées parties civiles. Certains rescapés de la tuerie de Charlie Hebdo et de la prise d’otages à l’Hyper Cacher viendront témoigner à la barre.

« Ce procès est une étape importante pour eux. Ils attendent que justice soit rendue pour savoir qui a fait quoi, tout en sachant que ceux qui ont appuyé sur la gâchette ne sont plus là », expliquent Marie-Laure Barré et Nathalie Senyk, avocates de victimes de Charlie Hebdo.

« Ce n’est pas parce qu’Amédy Coulibaly est décédé que ce procès n’a pas un fort enjeu. Sans les accusés dans le box, Coulibaly n’aurait pu agir », souligne Patrick Klugman, avocat de victimes de l’Hyper Cacher, et pour lequel, dans ce volet, il ne s’agit pas d’un « procès de lampistes ».

Pour Safya Akorri, l’une des avocates de la défense, en l’absence des « principaux responsables », qui ne pourront « rendre compte », la justice sera au contraire « mise à lourde épreuve durant ces deux mois, et l’attente de rigueur que l’on est en droit de placer en elle est immense ».


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