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Bruno Dey, ancien garde dans un camp nazi : « Je m’excuse mais je refuse d’endosser la responsabilité des crimes »

« J’aimerais m’excuser auprès de ceux qui ont vécu l’enfer de cette folie, et auprès de leurs proches. Ce qui s’est passé ne doit jamais se reproduire ». Cette folie, c’est la machine d’extermination nazie, et ces mots, ce sont ceux prononcés par un vieil homme rattrapé par son passé. Bruno Dey, 93 ans, est jugé à Hamburg pour complicité dans le meurtre de 5 230 personnes alors qu’il officiait en tant que garde dans un mirador du camp de concentration de Stutthof, près de Dantzig, en Pologne, entre août 1944 et avril 1945. Etabli en 1939, le camp de concentration de Stutthof a compté plus de 110 000 prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale, en majorité juifs. 65 000 d’entre eux ont péri d’épuisement, du typhus, ou dans les chambres à gaz.

En 2011, John Demjanjuk, un garde nazi ukrainien ayant officié entre autres dans les camps de concentration de Sobibor et de Treblinka, est condamné par la justice allemande pour crimes de guerre et contre l’humanité. Son cas établi un précédent : c’est la jurisprudence Demjanjuk. Avant, seuls les nazis les plus hauts placés devaient craindre la justice. Désormais, même les rouages du système concentrationnaire nazi doivent répondre de leurs crimes. L’Allemagne s’est alors lancée dans une véritable course contre la montre pour traquer les derniers nazis encore en vie, tous nonagénaires. Une action symbolique, qui intervient dans un contexte de résurgence de l’extrême-droite, du racisme et de l’antisémitisme en Allemagne.

« Si j’en avais eu la possibilité, j’aurais quitté mon service »

Après la guerre, Bruno Dey a pu mener une vie paisible, sans être inquiété par son passé : il est devenu boulanger à Hambourg, où il s’est marié et a eu deux filles. Lundi 20 juillet 2020, 75 ans après la fin de la guerre, Bruno Dey s’est certes excusé, lors de ses derniers mots à la cour après des mois de procès, mais il refuse d’endosser la responsabilité pour les crimes qui ont été commis autour de lui : « J’aimerais souligner que jamais je n’aurais rejoins les SS ou toute autre unité, particulièrement dans un camp de concentration. Si j’en avais eu la possibilité, j’aurais quitté mon service ». D’après son avocat, Dey a seulement compris l’ampleur des atrocités commises autour de lui en entendant les témoignages des victimes. Il reconnaît cependant avoir vu des cadavres et entendu des cris venus des chambres à gaz. Ces excuses ne satisfont pas les victimes: Marek Dunin-Wasowicz, un survivant du camp de Stutthof, vit aujourd’hui à Varsovie: « Je suis sans voix ; je ne veux pas de ses excuses, je n’en ai pas besoin! ».

Comme le garde nazi était mineur au moment des faits, il comparaît devant le tribunal pour mineurs de Hamburg. Le parquet a requis 3 ans d’emprisonnement à son encontre. Une condamnation symbolique, en regard de la gravité des crimes commis, mais l’avocat de Bruno Dey réclame l’acquittement. Selon lui, son client ne survivrait pas à un séjour en prison, en raison de son grand âge.

En 1934, dix ans avant que Bruno Dey ne commence à officier au camp de Stutthof, Albert Einstein écrivait dans Comment je vois le monde : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regarde sans rien faire ». Que Dey ait lui-même roué de coups, exécuté des prisonniers, ou assisté passivement à la barbarie nazie, son statut de simple rouage ne lui a pas assuré l’impunité dont il a joui pendant toute sa vie. Aujourd’hui, Bruno Dey doit répondre de ses crimes, et le verdict symbolique de son procès s’inscrira dans le processus de travail de mémoire et d’expiation de ses crimes par l’Allemagne. La justice allemande tranchera, et accordera ou non la clémence à l’ancien garde SS, une clémence dont les millions de victimes des camps nazis n’ont jamais pu bénéficier de la part de leurs bourreaux.

Via LaDepeche

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