ECONOMIE

Un vent de fraîcheur souffle sur les opéras italiens

Par Hajar Erraji.

Connue pour ses traditions culinaires, qui ont traversé les temps et les lieux, l’Italie l’est aussi pour son opéra, cet univers magistral où se côtoient musique, danse, poésie dramatique, peinture et architecture, où se dévoilent des histoires saisissantes, des mises en scène soignées, des ténors et des sopranos à des voix à couper le souffle.

Mais alors que l’engouement du public ne semble plus être aussi retentissant que dans le passé, de nouvelles distributions, des initiatives inédites et des stratégies marketing attrayantes viennent apporter un vent de fraîcheur, qui souffle désormais sur les théâtres d’opéra transalpins depuis la relance post-covid, pour tenter de raviver la flamme de cet art populaire.

De la Scala de Milan, célèbre dans le monde entier, passant par le Teatro San Carlo, à Naples, à l’amphithéâtre bien conservé Arena von Verona, à Rome, les professionnels réinventent leurs méthodes pour sauver le secteur, déjà en difficulté depuis plusieurs années.

“L’opéra a été pendant longtemps victime de clichés, ce qui a impacté le renouvellement du public et en particulier de la Génération Z qui déserte cruellement les maisons lyriques”, a affirmé à la MAP le critique musical Orso Ferrara.

Pour les plus jeunes, cet art, taxé d’être uniquement tourné vers le passé, est “synonyme de longues représentations dramatiques ennuyeuses”, a regretté M. Ferrara.

“Les spectateurs sont nombreux à s’imaginer qu’en poussant la porte de ces maisons majestueuses, ils vont retrouver la même emphase sur scène avec des décors et des costumes sortis tout droit du XVIIe siècle”, a-t-il fait observer, expliquant que les metteurs en scène se sont pourtant emparés du genre pour produire des spectacles diversifiés d’une intensité insoupçonnée.

Selon ce critique romain, l’opéra est un art bien vivant et chaque année de nombreux compositeurs créent leurs nouvelles œuvres. Leurs univers sont très variés et les histoires qu’ils racontent en musique sont aussi différentes que leur style.

“L’expérience proposée peut être parfois au-delà de ce que l’on imagine. Dans la musique et grâce à la technique moderne, tout est possible”, a-t-estimé.

“Tout le monde ne peut pas aller à l’opéra”, la déclaration ne date pas d’hier, tantôt brandie pour dénoncer cet art jugé élitiste.

Comme en littérature, les classiques côtoient les modernes avec un répertoire très vaste. En revanche, le spectateur n’a pas besoin de connaître le solfège ni d’être un intellectuel pour l’apprécier, la musique est un art immédiatement abordable.

Autre facteur discriminant, c’est le prix, “facile tout de même à relativiser par rapport à cette centaine de musiciens et d’artistes sur scène, ces techniciens en coulisse, ces décors, ces costumes et à tous ces personnels qui œuvrent à la magie du spectacle”, a fait remarquer ce fervent défenseur de l’art lyrique.

Le prix dépend également des emplacements réservés. Les places situées en haut seront moins coûteuses que celles qui seront dans l’orchestre, juste devant la scène, a-t-il précisé.

Ces idées reçues “ont frappé de plein fouet les opéras”, sans compter la crise sanitaire qui a contraint les théâtres à fermer leurs portes durant de longs mois entre 2020 et 2021.

“Les changements d’habitudes et de consommation, y compris de la culture, n’ont pas fini de provoquer des bouleversements dans la manière dont nos théâtres fonctionnent et bâtissent leur budget et leur saison, d’où la nécessité de lutter, de se réinventer et d’innover”, a signalé M. Ferrara.

Conscients, l’Etat, les théâtres et les maîtres de l’opéra n’hésitent pas à mobiliser tous les moyens possibles pour faire renaître cet art traditionnel et symbole d’une Italie glorieuse.

En 2021, le ministère de la Culture a alloué 348 millions d’euros au secteur du spectacle, dont la musique et la danse. Parmi ceux-ci, plus de 30 millions de subventions publiques vont à La Scala de Milan, “temple de l’opéra italien”.

De leurs côtés, les maisons lyriques ont revisité les grands répertoires classiques avec des codes modernes pour éviter ces spectacles jugés “assommants”, diversifiant également leurs offres, qui vont désormais de la danse moderne, passant par les opéras comiques, aux spectacles pour les enfants.

Pour stimuler l’intérêt des plus jeunes, les théâtres d’opéras sont de plus en plus présents sur la toile à travers des sites internet attrayants et des pages dynamiques sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas tout ! Ils proposent, en outre, des tarifs alléchants pour les moins de 30 ans.

Certains professionnels de l’opéra sont allés au bout de la créativité. C’est le cas de l’association de mélomanes “Musica a Palazzo” à Venise, qui a eu l’idée de représenter des opéras dans les lieux historiques prestigieux où l’action des œuvres aurait pu se dérouler.

L’opéra se réinvente pour attirer la jeunesse mais la problématique la dépasse. Noyée dans les écrans, la nouvelle génération savoure de moins en moins l’art et la culture, abandonnant ainsi les théâtres, les librairies et les galeries. L’enjeu est énorme. Les spécialistes estiment que parents, écoles, médias et autres acteurs doivent se mobiliser pour sensibiliser les générations montantes à la beauté et à l’importance de l’art dans toutes ses formes.

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